Les mots d’un montagnard
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Veille aux braises du silence

Angoisse et solitude

Veille aux braises du silence

La nuit s’est assise au bord de mon lit
comme une vieille amie trop lucide.
Elle ne parle pas —
elle respire en moi.

Les heures tombent une à une
dans le puits sans fond du plafond blanc.
Je compte les fissures,
j’y trace des routes imaginaires
où mes pensées voyagent pieds nus.

Le monde dort.
Moi, je veille les braises du silence.

Chaque bruit devient un oracle :
le frisson d’un radiateur,
le soupir lointain d’une voiture,
le battement obstiné de mon cœur
qui refuse la trêve.

Je pense à ce que j’ai dit,
à ce que je n’ai pas osé dire —
les phrases reviennent, mal coiffées,
elles réclament une seconde chance.

Les regrets ont des dents minuscules,
ils mordillent l’obscurité.

Je deviens horloge.
Je deviens fenêtre.
Je deviens question.

Pourquoi la nuit agrandit-elle les souvenirs ?
Pourquoi l’ombre polit-elle les peurs
jusqu’à les rendre brillantes ?

Parfois, une idée naît —
fine comme une allumette —
et soudain la chambre s’embrase
d’un avenir possible.

Je bâtis des empires fragiles
sur l’oreiller froissé,
je promets au matin des révolutions
que l’aube oubliera.

Mais il y a aussi la douceur :
ce moment suspendu
où l’insomnie cesse d’être ennemie
et devient territoire.

Un pays sans horloge
où l’âme marche sans chaussures.

Et quand le premier oiseau
égratigne le ciel,
je sens la fatigue me prendre la main —
tendre capitulation.

Alors je ferme les yeux,
comme on referme un livre
dont on n’a pas compris la fin,
mais dont chaque page
a battu
contre la poitrine.

Djamel Metref
At Yenni le 16 février 2026