Une nuit de plus
Je vis
dans l’angle mort
des phrases.
Là
où les mots hésitent
avant de tomber.
Je repousse les fins
comme on retient
un sanglot
dans une pièce
pleine de monde.
La nuit me traverse
sans délicatesse.
Elle laisse des traces
sous les yeux,
dans la gorge,
dans ce silence épais
que personne ne remarque.
Dormir est devenu
une langue étrangère.
Alors je reste éveillé
à regarder le plafond
comme on regarde
une mer noire
sans savoir nager.
J’écris.
Pas pour faire beau.
J’écris parce qu’il faut bien
que quelque chose sorte.
Sinon
tout reste coincé là,
sous la peau,
à battre trop fort.
Les phrases arrivent
abîmées.
Avec leurs angles.
Leur fatigue.
Leur violence discrète.
Certaines lignes
tremblent encore
quand je les pose.
On dirait presque
qu’elles respirent.
Il y a des mots
que je retire de moi
comme des éclats de verre.
Des silences humides
entre deux paragraphes.
Des morceaux de fièvre
cachés dans la ponctuation.
Je voudrais écrire
comme on ouvre
une fenêtre :
entièrement.
Sans retenir
le désordre.
Sans maquiller
les débordements.
Mais être lu
vraiment
me terrifie.
J’ai peur,
Que l’on touche
l’endroit exact
où je tiens encore
à peine.
Que l’on voie
tout ce que je cache
derrière ma façon calme
de parler.
Alors je transforme ça
en texte.
On appelle ça
poésie
pour rendre la blessure
plus élégante.
Mais la vérité :
ce sont juste
des restes de tempêtes
qui cherchent une sortie.
J’invente des voix
pour ne pas écouter
certaines absences.
Je donne des corps
à mes vertiges.
Je remplis des pages
avec ce qui refuse
de mourir en moi.
Et parfois
quand un poème
tient debout
jusqu’au bout,
j’ai l’impression étrange
d’avoir survécu
une nuit de plus.
Djamel Metref
Ecublens le 11 Mai 2026 5h 38 du matin
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