Les mots d’un montagnard
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Une bouteille à la mer

Angoisse et solitude

Une bouteille à la mer

Comme Robinson perdu,
j’habite une île de silence.

Naufragé de l’humanité,
je dresse mes jours
comme des cabanes de fortune
sur une île d’ombre et de sable.

Exilé sur mon rivage secret,
je parle au vent
qui s’éteint,
qui s’efface,
qui se brise,
Et ne répond pas.

Seul sur l’île des hommes,
je parle au sable qui s’effrite.
je parle aux étoiles
lointaines,
éparpillées,
dispersées comme des cendres,
qui tombent dans l’écume,
qui vacillent,
qui s’éteignent trop vite.

Le sable me tient lieu d’horloge,
et les étoiles, de compagnons muets.

Seul sur l’île du silence,
je parle à la mer immense
qui avale mes mots,
qui dévore mes voix,
qui ne répond pas,
qui m’ignore,
qui m’oublie déjà.

Je parle aux vagues,
elles me répondent par l’écume.

Seul.
Sur l’île du silence.
Je parle au vent.
Je parle au sable.
Je parle aux étoiles.
Je parle à la mer —
qui m’oublie.

Alors j’écris.
Avec mes paumes brûlées de solitude,
je sculpte un mot fragile,
un seul,
une braise,
un souffle d’amour.

je glisse ce fragment d’espérance,
je cache cette étincelle,
fragile braise,
mince flamme dans la nuit,
que la tempête n’a pas su noyer,
Dans le verre transparent,
froid et fragile d’une bouteille,
scellée contre la fureur des vagues,
De ce monde aux poings serrés.

Je jette ma bouteille à la mer.
je jette ma bouteille au hasard.
je jette ma bouteille à l’espoir.

Je la confie à l’océan
comme on confie un secret aux étoiles.

Je la livre aux courants,
aux houles,
aux bras puissants des marées complices,
à la peau salée des vagues,
au chant profond des abysses,
à ces messagères patientes,
qui traversent les colères du monde
comme des sirènes invisibles,
qui savent porter les prières
mieux que nos cités de fer et d'enfer.

Qu’emporte la vague,
le secret de mon cœur naufragé
au battement nu et têtu dans le noir.

Peut-être un jour,
quelque part,
un cœur lointain,
sur une autre rive,
à l’autre bout de la houle,
dans le cri et la fureur d’une tempête,
ou sous un ciel de constellations
brisées,
dispersées,
une main fatiguée l’ouvrira
Ou brisera le verre pour en boire la clarté,
et lira ma voix mêlée au sel :

« Tu n’es pas seul.
Moi aussi, je cherche la lumière.
Même naufragé, j’espère.
Même perdu, je t’appelle,
j’aime encore.
Même brisé, je crois encore
à la douceur des hommes. »

ainsi le monde saura qu’ici,
quelqu’un croyait encore
à la tendresse des hommes.

Je jette ma bouteille à la mer.
je jette ma bouteille au hasard.
je jette ma bouteille à l’espoir.

Qu’emporte la vague,
le rêve têtu et obstiné d’un naufragé,
debout contre l’océan.

Mais la mer, en silence,
fait danser mes mots,
Et me rend pour seule réponse
le ressac de ses chants,
murmure éternel des sirènes,
un écho d’infini.

Djamel Metref
At Yenni le 19 Septembre 2025