Un goût d'exil dans la bouche
Je suis né sur une frontière
que personne n'a tracée
sur les cartes,
mais que chacun grave
dans la bouche des enfants.
Je marche entre des langues
qui s'ignorent,
Des mots qui m'habillent
sans jamais me couvrir.
On m'a appris à taire une langue
pour en mériter une autre.
À traduire mon souffle
avant même de respirer.
Chaque syllabe murmure
une histoire,
Mais aucune ne suffit
à me définir.
Ma mémoire bégaie.
Elle cherche son visage
dans le miroir brisé
des alphabets.
Ma voix hésite
entre plusieurs rivages,
Elle emprunte des accents,
des souvenirs.
Je parle.
Mais chaque mot
est un procès.
Chaque silence,
un pays perdu.
Je suis l'enfant
de mille paysages,
Condamné parfois
à ne plus savoir dire.
Qui suis-je ?
Qui suis-je,
lorsque ma langue se fracture ?
Lorsque mon nom résonne
différemment ?
Le fils d'une terre
qui porte plusieurs noms,
et dont aucun ne suffit
à contenir la blessure.
Suis-je le reflet
d'une double nature,
Ou le silence
entre deux continents ?
Ma langue maternelle
est une maison incendiée.
J'en ramasse les cendres
pour écrire des poèmes
que d'autres appelleront étrangers.
J'habite un exil
sans quitter ma terre,
Un territoire tissé
d'interrogations.
Je marche avec,
dans la poitrine,
des peuples
qui ne se rencontrent plus.
Mon identité
est une rivière,
Qui change de lit
au gré des saisons.
L'un rêve en arabe,
l'autre pleure en amazigh,
un troisième pense
dans la langue de celui
qui croyait posséder le soleil.
Pourtant,
dans cette errance
incertaine,
Je découvre une force
insoupçonnée :
Moi,
je suis le champ
de bataille
où leurs voix refusent
de mourir.
Être plusieurs
sans perdre son essence,
Faire de chaque langue
une fraternité.
On me demande de choisir.
Je ne suis
ni une seule parole,
Ni une seule origine
à porter.
Comme si l'identité
était une prison
et non un horizon.
Je suis le pont
où les mondes s'envolent,
L'écho vivant
d'une humanité mêlée.
Comme si une seule langue
pouvait contenir la mer.
Alors,
si l'on me demande enfin :
« Qui suis-je ? »
Je répondrai sans peur
ni faux détour :
Je suis la quête,
le voyage,
le vertige,
Une identité
qui s'écrit chaque jour.
Je refuse.
Je refuse
les passeports
de l'âme.
Je refuse
les frontières
dressées
entre les voyelles.
Je refuse
la géographie
qui transforme
les mots
en soldats.
Ma patrie n'est
ni un drapeau
ni un dictionnaire.
Ma patrie est cette faille
où les langues se heurtent,
où les mémoires se cherchent,
où l'homme apprend
que l'exil commence parfois
dans sa propre bouche.
Je suis l'enfant
de toutes les questions
que l'histoire n'a jamais
osé poser.
Je suis celui
qui traduit son cœur
sans jamais en épuiser
le sens.
Mon identité n'est pas
une réponse.
C'est une insurrection.
Elle refuse les cases,
elle déchire les étiquettes,
elle relève les morts ensevelis
sous les langues dominantes.
Je ne cherche plus
à savoir qui je suis.
Je cherche le monde
où aucune langue n'aura besoin
de demander pardon pour exister.
Djamel Metref
At Yenni le 26 juillet 2026
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