Traité des vents contraires
J’avance, immobile,
égaré dans l’attente,
Entre le cri du vent
et l’ombre apaisante,
Entre le chant du monde
et le vide profond,
Ma soif et ma faim
se disputent mon nom.
Je marche entre deux mondes —
la bouche pleine d’oiseaux,
et le cœur couvert de neige.
J’ai faim des mots qui dansent,
Ceux qui claquent et s’élancent,
Qui éclatent en bouche,
Comme un fruit trop mûr,
Comme une vérité qu’on crie.
Je tends mes mains
vers les voix humaines,
ces braises qui tremblent
dans la nuit,
ces mots imparfaits
qui savent pourtant
réchauffer les ruines.
J’ai faim, aussi,
des phrases qui saignent un peu,
des confidences dites à mi-voix
quand la lampe fatigue
et que le vent écoute
derrière les vitres.
Les mots m’appellent,
festin de promesses,
Mille saveurs d’encre,
mille ivresses,
Mais vient aussi
l’autre royaume :
le silence qui s’étire,
un puits sans fond,
Où s’abreuve l’âme
dans l’oubli profond.
le silence vaste,
le silence debout
comme un arbre ancien.
J’ai soif du vide entre les phrases,
Du murmure des pauses,
Du souffle qui suspend,
Comme l’ombre légère d’une note,
Comme l’attente avant l’écho.
Il y a des heures
où parler devient une poussière inutile,
où l’âme réclame simplement
le bruit lent de la lumière
sur les pierres du matin.
Je penche,
je tremble,
je ne choisis pas,
La peur d’un pas
me cloue ici-bas,
Faut-il s’élancer,
embrasser l’écho,
Ou boire l’absence
comme un dernier mot ?
Alors je me tais.
Et dans ce silence,
j’entends mieux le monde :
l’abeille dans la lavande,
la mer qui pense contre les falaises,
les morts qui remuent doucement
dans la mémoire des vivants.
J’ai faim de l’éclat des promesses,
J’ai soif de l’ombre du doute.
Entre la rumeur et l’absence,
Je cherche ma voix.
Peut-être que vivre n’est rien
d’autre que cela :
boire aux lèvres des hommes
sans jamais cesser de garder
au fond de soi
une source intacte de silence.
Mais déjà,
l’instant s’efface en poussière,
Les mots se fanent,
le silence se terre,
Et moi,
suspendu à l’éclat d’un doute,
Je meurs de l’attente,
à mi-chemin de ma route.
Djamel Metref
TGV Lyria : Lausanne - Paris, le 12 Mai 2026
← Tous les poèmes
