Les mots d’un montagnard
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Toi, l’amour que je n’ai jamais eu

Absence et manque

Toi, l’amour que je n’ai jamais eu

Je t’ai cherché
sous d’autres noms,
dans les visages du monde,
dans des sourires trop beaux,
dans des ombres,
dans des rires qui sonnaient faux,
dans des bras
qui n’étaient pas les tiens,
et dans les reflets d’un horizon
où l’amour n’était qu’un écho,
sans jamais te trouver.
Ton absence a creusé mes secondes
comme un couteau dans l’éternité.

Je t’imagine au détour d’un songe,
là où le ciel retient son souffle,
où les regrets s’allongent
comme des feuilles mortes sur la route.
Je t’écris du bord de ma nuit,
toi que je n’ai jamais connu,
mais dont l’absence me poursuit
comme une promesse jamais tenue.

Tu étais là, quelque part, ailleurs,
dans un rire que j’ai manqué,
dans un regard que j’ai cru connaître,
mais que le destin a détourné,
quand moi, j’errais vers le contraire,
donnant mon cœur à la douleur,
comme on s’abandonne à la mer.

Tu n’as ni nom, ni visage, ni souvenir,
et pourtant ton absence,
qui a plus de poids que mille présences,
me parle — et ton ombre m’habite.
Dans le brouillard de mes désirs,
dans chaque rêve, chaque mirage,
où ton regard secret m’invite,
ta voix muette me rappelle le calme.

J’ai cru comprendre, j’ai voulu croire
en celle qui n’en valait rien.
J’ai confondu l’ombre et l’espoir,
et j’ai laissé mourir le mien.
J’ai aimé trop tôt, mal, à l’envers,
j’ai cru au feu qui ne brûle pas,
à la promesse d’un enfer déguisé
sous un faux éclat.

J’ai cru aimer — pauvre folie,
j’ai offert mon cœur à l’ombre,
à celle qui ne savait pas le recevoir,
et qui n’a jamais compris
que l’amour n’est pas un nombre.

J’ai cru trouver l’amour trop tôt,
dans un sourire sans lumière ;
j’y ai jeté mon cœur en lot,
ivre d’un espoir éphémère.
J’ai donné ma jeunesse en offrande
à celle qui n’entendait rien,
et de mon cœur, en cendres,
n’est resté que le tien.

J’ai bu le fiel d’un faux serment,
j’ai cru au feu d’une étoile morte,
et de mes rêves, lentement,
le vent n’a gardé qu’une porte.
Ce fut ma faute, ma jeunesse,
cet élan fou, cet oubli de moi,
où j’ai aimé sans tendresse
celle qui ne m’attendait pas.

J’ai brûlé dans un feu sans flamme,
mordu la poussière d’un rêve mort-né,
tandis que toi, mon amour manqué,
tu respirais quelque part,
inconnue, tranquille,
ignorant le tumulte de mon erreur.

J’ai traversé des nuits sans rive
où ton absence me tenait chaud.
Et dans ce vide, presque ivre,
je t’ai sentie, derrière les mots.
Toi, la lumière que le sort tait,
le regard que le temps retarde,
tu vis, je le sais, dans le secret
de ce silence qui me garde.

Car même sans t’avoir rencontrée,
je t’ai reconnue dans mes nuits,
dans ces silences obstinés
où le vide parle de lui.
Celle que j’aurais dû aimer,
tu vis dans mes heures absentes,
dans ces matins où tout est vrai
sauf la vie que le sort m’invente.

Depuis, je marche entre deux mondes :
le tien, silencieux, sans détour,
et l’autre, où la douleur inonde
les ruines d’un faux amour.

Je t’imagine douce et vraie,
avec des yeux qui comprennent sans juger,
une voix qui apaise les tempêtes,
et ce silence entre nous —
ce silence éternel —
comme la trace d’un destin détourné.

Je t’imagine au bord du monde,
simple, vraie, sans artifice,
une âme douce, profonde, féconde,
comme un pardon, comme un délice.
Toi que le sort m’a refusée,
je t’imagine au bord du vent —
ta voix serait douce, posée,
comme un secret apaisant.

Je sens parfois ton souffle doux
au bord d’un silence ancien,
comme si ton âme, malgré tout,
effleurait encore la mienne.
Toi que je devine et que j’invente,
tu vis peut-être, ou bien tu rêves,
dans une heure calme et bienveillante,
là où mon âme enfin s’élève.

Si j’avais su…
Si le temps m’avait offert une autre route,
je t’aurais reconnue
au battement de ton pas,
au frisson de l’air quand tu ris.
Si nos chemins s’étaient croisés,
j’aurais su d’un souffle, d’un rien,
que c’était toi — la destinée,
le commencement, la fin.

Je t’aurais aimé simplement,
sans théâtre, sans blessures,
avec ce feu transparent
que la vérité murmure.
J’aurais su, au battement de ton rire,
que c’était toi — l’évidence posée,
la paix après tant de martyres.
Je t’aurais aimé sans promesse,
sans chaînes, sans peur, sans remords,
d’un amour pur, d’une tendresse
qui ne connaît ni fin, ni mort.

Mais la vie n’a pas voulu de nous.
Elle m’a donné la leçon du manque,
le goût amer du presque,
et la certitude que parfois,
l’amour le plus pur
est celui qu’on n’a jamais vécu.

J’ai aimé à contresens,
et j’en ai fait ma délivrance.
Car de mes fautes et mes pleurs
est né ton nom dans ma douleur.
La vie m’a pris de vitesse,
et dans sa danse cruelle,
elle a tissé la maladresse
d’un amour aux ailes mortelles.

Le destin, joueur sans pitié,
a mêlé l’enfer à ma jeunesse,
et j’ai donné, dans ma cécité,
mon cœur à celle qui le blesse.
Le destin, cruel poète,
a brouillé nos lignes, nos chemins,
et sur ma route incomplète
il n’a laissé que ton parfum.

Et maintenant, je ne regrette plus.
Le ciel a ses raisons cachées.
Même perdue, même jamais vue,
tu m’as appris ce qu’aimer veut dire.
Alors je t’écris, toi l’inconnue,
la paix que je n’ai jamais eue,
le rêve qui ne s’est pas fait chair,
le souffle pur de la lumière.

Dans la nuit, je t’écris.
Ton nom n’existe pas, mais je l’entends.
Et dans ce vers, tu me souris —
toi, l’amour que j’attends
depuis toujours.

J’écris pour te rejoindre,
dans les mots que le cœur invente,
toi, l’absence que rien n’éteint,
l’amour parfait que je n’ai pas eu.

Alors dors en paix, toi l’inconnue,
mon éternelle, ma disparue.
Je vis, enfin, le cœur plus clair,
dans l’ombre douce de ton mystère.
Si un autre temps existait,
je viendrais sans peur te trouver,
et dans un geste, un seul regard,
je rattraperais tous mes soirs.

Djamel Metref
At Yenni le 10 novembre 2025