Tempus fugit
Le temps s’échappe
entre deux battements,
Comme l’eau claire
au creux des mains ouvertes.
Il ne fait pas de bruit
en s’en allant,
Il glisse,
poli,
cruel
et transparent.
Il file comme l’eau
sous les ponts muets,
Il glisse entre les doigts,
fragile et discret.
Hier n’est plus qu’un souffle,
demain une rumeur,
Et l’instant seul respire
au creux de notre cœur.
Le sablier murmure,
grains d'or qui s'effritent,
Dans l'ombre des heures,
le vent emporte les rêves.
Fleurs d'hier fanées,
rires d'enfance épars,
Le soleil s'incline,
traçant ses adieux amers.
Hier était proche —
presque respirable.
Aujourd’hui déjà se fait souvenir.
Demain promet,
mais d’une voix instable,
Et rit parfois
de ce qu’il nous ravit.
Les horloges murmurent
leurs prières d’acier,
Chaque seconde tombe
comme un fruit oublié.
Sur les pages froissées
de nos vies incertaines,
Le temps trace en silence
ses routes souveraines.
Rivière sans fin,
où coule l'instant fugace,
Mains tendues en vain
vers l'écho du passé.
Ailes de papillon,
frôlant l'éternité,
Tempus fugit,
ombre danse sur l'infini.
Nous bâtissons des heures
en châteaux frêles,
Convaincus
qu’elles tiendront
sous le regard ;
Mais le temps souffle,
patient et fidèle,
Et tout s’incline
sans même un égard.
Il peint des rides d’or
sur le front des saisons,
Fait naître les printemps,
puis ferme les maisons.
Les rires et les adieux,
les promesses et les peines,
Tout devient souvenir
sous sa marche sereine.
Pourtant dans le cœur,
un battement résiste,
Tissant de l'instant
une toile immortelle.
Car le temps qui fuit
laisse en nous sa semence,
Écho d'amour pur,
défi à l'oubli immense.
Ce qui demeure
n’est pas la durée,
Mais l’éclat bref
d’avoir été vivant :
Un geste offert,
une peur surmontée,
Un amour dit juste
avant le néant.
Mais dans l’éclair d’un regard,
dans l’étreinte d’un jour,
Le temps perd sa victoire
et s’incline à l’amour.
Car ce qui est vécu
avec flamme et courage
Ne meurt pas vraiment :
il devient paysage.
Tempus fugit —
soit.
Qu’il fuie encore.
Qu’il me prenne tout,
sauf cette lueur :
Avoir senti,
ne serait-ce qu’un instant,
Le cœur brûler
plus vite que les heures.
Alors marchons sans crainte
vers l’aube qui s’enfuit,
Car vivre est un poème
que le temps écrit.
Et si l’ombre s’allonge
au bord de notre fuite,
C’est pour mieux révéler
la lumière qui nous suit.
Djamel Metref
At Yenni le 8 février 2026
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