Sous les vertiges (à Nadya Benamar)
Je t’ai lue,
sœur d’encre et de feu,
Et j’ai vacillé sur tes mots.
Chaque vers ouvrait un ciel bleu
Dans la poussière des tombeaux.
Sous tes mots,
le monde chancelle,
mais ne tombe pas.
Ta plume —
blessée,
rebelle —
trace encore la voie.
Tes rêves,
disais-tu,
sont insignifiants —
Pourtant ils grondent comme la mer.
Ils portent la mémoire du sang,
Le parfum grave de la terre.
Des sanglots font naître des étoiles,
des plaies,
des fleurs de papier.
Dans le tumulte,
ton âme cavale
pour mieux nous réveiller.
Sous ta plume,
le désespoir s’apaise,
Il se métamorphose en clarté.
Les cils brisés deviennent braise,
Les silences,
en humanité.
Les rêves ne sont plus insignifiants :
ils hurlent,
ils se cabrent,
ils osent.
De ton encrier jaillit le vent
qui renverse l’ombre morose.
Tu ramasses les jours en débris,
Les souffles perdus,
les voix murées,
Et tu en fais,
dans la nuit,
Des vitraux de liberté.
Tu dis :
la poésie console.
Moi,
je dis :
elle combat.
Elle porte nos deuils sur l’épaule
et redresse nos pas.
Elle ne veut pas guérir les blessures,
mais les rendre lumineuses.
Elle fait de chaque brûlure
une prière ténébreuse.
Je marche dans ton poème
Comme on marche dans un champ brûlé :
L’air est lourd,
mais suprême
Est l’éclair de beauté.
Ô sœur des mots insurgés,
ta voix fend le silence amer.
Elle rappelle aux cœurs brisés
qu’ils battent encore, sous la terre.
Nous partageons la même soif,
Celle d’un mot juste,
d’un cri debout.
Sous nos vertiges se cachent des strophes
Qui refusent de plier le cou.
Et dans ton souffle —
vertige,
braise —
je vois grandir un chant humain :
celui qui s’élève,
se fraie,
se fraise,
vers l’aube…
enfin.
Et si la poésie saigne,
Qu’elle saigne donc pour le vivant —
Car du sang naît la graine,
Et du cri,
l’enfant.
Djamel Metref
At Yenni le 13 novembre 2025
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