Les mots d’un montagnard
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Soliloque semé au vent

Angoisse et solitude

Soliloque semé au vent

Ô vent hurlant,
vorace,
Soit maudit,
fouet de givre qui lacère ma peau.

Pourquoi m'as-tu laissé
Seul face à  ce manteau blanc ?

Mon corps solitaire ploie
sous ton assaut funèbre.
Je gis,
brisé par ton souffle homicide.

Les flocons dansent
comme des spectres moqueurs.
Mon cœur,
prisonnier,
grelotte en silence.

Flocons assassins,
voraces,
linceuls sur un monde agonisant.

Où sont les échos des joies
que jadis j'adorais ?

Les arbres ployés
se tordent,
gémissent
Et murmurent des secrets glacés,
en cris étouffés
des âmes damnées.

Le monde s'efface
sous l'orage impitoyable.
Le ciel crache sa rage
Et vomit sa haine,
océan de ténèbres,
nuit sans fin ni pitié.

Où sont les rires d'hier,
les feux qui réchauffaient ?

Seul avec mes ombres,
dans la bourrasque,
je défie l'abîme noir
Et dialogue avec le froid.

Mon souffle s'éteint,
volé par l'hiver assassin.
Mes os craquent
sous le poids de l’hiver implacable,
Écho de mon âme,
noircie par le froid éternel.

Pourquoi ce destin,
ce cachot de neige
et de nuit ?

Hiver cruel,
toi qui ronge l'âme et les os,
Dans ta nuit éternelle,
je hurle mon vide.

Pourquoi ce supplice,
ce tombeau blanc et muet ?

Les amis partis,
les amours fanés
comme fleurs,
Je hurle en vain
contre l'abîme qui m'engloutit,

Suis-je déjà mort,
un spectre
ou un roi déchu,
ombre errante dans le blizzard ?

Je suis un naufragé
sur mers de glace infinies,
Hurlant mon vide
au néant qui m'engloutit.

Viendra-t-il,
le jour,
Où je briserai cette chaîne de fer ?

Plus sombre encore,
le doute ronge mes veines,
venin plus noir que la nuit.

Pourtant,
au fond de moi,
une braise subsiste,
Témoin que la vie
palpite sous la neige.

Les loups de l'hiver rôdent,
affamés de mon âme,
prêts à festoyer mes restes.

Mon cœur se fige,
lent linceul de désespoir.
Et dans ce chaos blanc,
je perds pied,
je sombre.

Toi qui portes mes cris
vers l'oubli infini.
Aucune aube ne viendra
percer ce suaire funèbre,
Seul je sombrerai,
dans la tourmente,
à jamais.

Pourtant,
au creux noir,
une étincelle résiste,
Braise rebelle
qui défie l'ouragan.

Solitaire je suis,
mais pas vaincu,
non !
La tourmente passera,
et je renaîtrai au vent.

Hiver impitoyable,
ton règne est éphémère,
Je renaîtrai des cendres,
plus fort,
invincible.

Mais ce soir,
dans la tourmente,
je pleure en silence,
Solitaire roi
d'un royaume de désolation,

Attendant l'aube pâle
qui percera le suaire,
Ou l'étreinte finale
du grand néant hivernal.

Djamel Metref
At Yenni le 2 février 2026