Les mots d’un montagnard
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Rester au bord du feu

Amour et désir

Rester au bord du feu

Elle :
Je t’ai trouvé dans le bruit du monde,
comme une pause que je n’attendais pas.

Lui :
Je t’ai reconnu dans le silence,
comme si tu avais toujours été là.

Elle :
Dis-moi, aimer… c’est rester ?
Même quand tout vacille un peu ?

Lui :
Aimer, c’est revenir —
même quand partir semble plus simple que nous deux.

Elle :
Je tremble parfois dans tes absences,
Elles font trop d’espace en moi.

Lui :
Et moi je doute dans tes silences,
j’y entends des choses qui n’existent pas.

Elle :
Alors on s’abîme un peu, non ?
Dans nos peurs mal apprivoisées ?

Lui :
Oui, mais on s’y retrouve aussi —
là où personne ne nous a jamais cherchés.

Elle :
Je t’aime… et le mot me dépasse,
il tombe de moi sans prévenir.

Lui :
Je t’aime… et je le ramasse,
pour lui  donner un avenir.

Elle :
Parfois j’ai peur de nous perdre
dans ce que l’on ne dit pas.

Lui :
Alors dis-moi tout, même l’ombre —
je préfère trembler que ne pas savoir.

Elle :
Aimer, c’est te donner mes failles,
sans savoir si tu resteras.

Lui :
Aimer, c’est les prendre sans les réparer,
juste être là.

Elle :
Et si un jour tout s’effondre ?
Si le « toujours » devient trop lourd ?

Lui :
Alors on gardera l’instant vrai —
car aimer vit au présent, pas aux discours.

Elle :
Viens, on marche encore un peu,
même sans promesse parfaite.

Lui :
Oui, restons imparfaits ensemble,
c’est là que l’amour s’entête.

Elle :
Je ne t’aime pas doucement —
je t’aime comme on tombe, sans sol, sans mesure,
comme si chaque battement risquait de me trahir.

Lui :
Alors tombe —
mais tombe vers moi,
je te promets des bras assez vastes
pour contenir ta chute.

Elle :
Tu ne comprends pas —
tu es partout en moi,
dans mes silences, dans mes excès,
même dans ce que je fuis.

Lui :
Et toi, tu me traverses
comme un éclair trop vif —
tu éclaires tout,
et je ne sais plus vivre dans l’ombre après toi.

Elle :
Aimer, c’est dangereux —
je le sens dans ma poitrine,
ça brûle trop fort pour être sans conséquence.

Lui :
Alors brûlons —
je préfère les cendres avec toi
à une vie intacte sans toi.

Elle :
Parfois je veux partir,
juste pour voir si tu me retiendras.

Lui :
Et moi je te laisse faire un pas,
juste pour te voir revenir.

Elle :
C’est cruel, ce que nous sommes.

Lui :
Non — c’est vivant.
Cruel serait de ne rien ressentir.

Elle :
Je t’aime à en perdre le souffle,
à en déformer le monde,
à ne plus savoir où je finis
ni où tu commences.

Lui :
Alors perds-toi —
mais laisse-moi te retrouver,
encore et encore,
comme une obsession douce et violente.

Elle :
Si je me brise entre tes mains ?

Lui :
Je ne te réparerai pas —
je t’aimerai brisé,
car même tes fragments me sont essentiels.

Elle :
Et si un jour je t’aime moins ?

Lui :
Alors aime-moi autrement —
mais ne deviens jamais indifférente,
c’est la seule mort que je crains.

Elle :
Viens —
plus près que les mots,
plus près que la peur.

Lui :
Oui —
là où aimer n’est plus un doute,
mais une urgence.

Elle :
Ne t’approche pas —
je t’aime trop pour que ce soit sans danger.

Lui :
Alors pourquoi ton corps appelle le mien
comme une nuit appelle l’incendie ?

Elle :
Parce que je te veux —
mais te vouloir me détruit déjà.

Lui :
Et moi je te prends comme un risque,
comme une chute que je choisis.

Elle :
Chaque fois que tu me touches,
quelque chose en moi cède —
une frontière, une peur, un reste de raison.

Lui :
Et chaque fois que je t’embrasse,
je signe un peu plus
la fin tranquille que je n’aurai plus.

Elle :
C’est trop —
ce que je ressens n’a pas de place,
ça déborde, ça brûle, ça exige tout.

Lui :
Alors donne tout —
je ne veux pas d’un amour mesuré,
je veux celui qui laisse des traces.

Elle :
Tu es une tentation sans repos,
un vertige que je connais déjà trop bien.

Lui :
Et toi, une obsession —
Celle qui revient même quand je ferme les yeux.

Elle :
Si on continue, on va se perdre.

Lui :
On est déjà perdus —
autant que ce soit ensemble.

Elle :
Tes mains…
Elles savent trop bien me faire oublier
tout ce que je devrais protéger.

Lui :
Et ton souffle…
il me fait croire que rien n’existe
en dehors de nous.

Elle :
C’est une erreur.

Lui :
Non —
c’est une vérité qui fait mal.

Elle :
Alors dis-moi…
quand tout brûlera,
quand il ne restera que des cendres —
tu seras encore là ?

Lui :
Je serai là —
pas pour sauver,
pas pour réparer,
mais pour aimer
jusqu’au bout de ce qui nous détruit.

Elle :
Alors viens…
mais sache-le —
on ne sortira pas indemnes.

Lui :
Je ne veux pas être indemne —
je veux être marqué par toi.

Elle :
Ne viens pas.
…viens quand même.

Lui :
Je suis déjà là —
dans l’espace entre tes deux contradictions.

Elle :
Tout est trop net avec toi.
Comme une lumière crue sur mes failles.

Lui :
Et toi, tu es ce flou dangereux
où je perds volontairement la netteté.

Elle :
On devrait s’arrêter.

Lui :
On ne s’est jamais arrêtés.

Elle :
Tes mains —
Elles racontent des choses
que je ne peux plus ignorer.

Lui :
Ta peau —
Elle répond avant toi,
Elle me dit de rester.

Elle :
C’est une erreur.
Une belle erreur, mais une erreur.

Lui :
Alors regarde-moi faire —
je choisis quand même.

Elle :
Si je tombe ?

Lui :
Je tombe avec toi.
Pas pour amortir —
pour partager la chute.

Elle :
Il y aura des ruines.

Lui :
Alors on apprendra à aimer dedans.

Elle :
Tu es calme…
comme si la fin ne te faisait pas peur.

Lui :
La fin me fait peur —
mais pas autant que ne pas t’avoir vécu.

Elle :
Reste.

Lui :
Toujours —
mais pas comme une promesse…
comme un instant qui refuse de mourir.

Elle :
Alors viens —
plus près que les mots,
plus près que la raison.

Lui :
Là —
où aimer n’explique rien,
où tout brûle en silence,
et où, malgré tout,
on reste.

Elle :
Ne viens pas.
…mais si tu viens, ne me sauve pas.

Lui :
Je ne sauve rien —
je choisis de tomber avec toi, proprement.

Elle :
Aimer devrait être simple.
Ce n’est pas simple avec toi.

Lui :
Rien de vrai ne l’est.

Elle :
Je te sens partout —
dans mes silences, dans mes excès,
dans ce que je n’ose pas dire.

Lui :
Et toi, tu es cette absence impossible
qui remplit tout.

Je t’aime.
Je le dis comme on saigne sans le vouloir.
Je le dis comme on brûle sans comprendre le feu.

Elle :
C’est dangereux.

Lui :
Oui.
Mais te perdre serait pire.

Elle :
On va se détruire.

Lui :
Ou se révéler.
Tu es l’erreur douce,
la chute qui me pousse,
le calme qui s’efface
quand ton regard m’enlace.

Elle :
Parfois je veux fuir.

Lui :
Et moi je te retiens… sans te retenir.

Elle :
Quelle est cette façon d’aimer ?

Lui :
Celle qui laisse libre
même quand elle brûle.

Elle :
Si tout finit ?

Lui :
Alors on aura vécu assez fort
pour que la fin ressemble à une mémoire,
pas à un regret.

Elle :
Reste.

Lui :
Je reste —
mais pas comme une promesse.
Comme une présence qui insiste,
comme un mot qui refuse de mourir dans la bouche.

Aimer, peut-être…
ce n’est ni se sauver, ni se perdre.
C’est rester au bord du feu
et accepter de ne pas reculer.
Même si ça brûle.
Même si ça reste.
Ne viens pas.
Ou viens.
Je ne sais plus ce que je veux dire quand je te parle.
Aimer…
c’est une scène sans décor fixe,
où les mots jouent leur rôle
sans savoir s’ils sont vérité ou vertige.

Elle :
Tu es trop près de moi,
comme une pensée qu’on n’arrive plus à taire.

Lui :
Et toi, tu es ce silence
qui me répond avant même que je parle.
Je t’aime —
et le mot tombe, maladroit, vivant,
comme une chose trop grande pour la bouche.
C’est un sonnet qui déborde,
une rime qui refuse la clôture,
ABAB… puis plus rien
que le souffle.
Parfois on se parle comme on se blesse doucement.
Parfois on se touche comme on se comprend sans phrase.

Elle :
On devrait s’arrêter.

Lui :
On ne sait pas comment.

Elle :
C’est dangereux ce que tu fais de moi.

Lui :
Non. C’est ce que tu fais de moi aussi.
Et voilà le piège :
personne n’est innocent dans cette histoire,
même pas le silence entre deux battements.
Aimer, c’est ça :
une lumière trop forte dans une pièce trop petite,
où tout devient vrai,
même ce qu’on voudrait nier.
Je veux fuir —
mais mes pas reviennent vers toi
comme si le monde avait oublié une seule direction.

Elle :
Si on se perd ?

Lui :
On se reconnaîtra quand même.
Même brisés.
Même ailleurs.
Parce que certaines traces
ne savent pas disparaître.
Et puis il y a ces instants…
où tout cesse de lutter :
ni toi, ni moi, ni la peur, ni la fin.
Juste deux présences
qui cessent de se défendre.

Elle :
Reste.

Lui :
Je reste —
pas comme une promesse parfaite,
mais comme une évidence fragile
qui insiste encore.
Et peut-être que l’amour, au fond,
n’est ni un cri ni un silence :
c’est cette zone entre les deux,
où l’on ne sait plus très bien
qui parle…
et où pourtant,
on continue de se répondre.

Djamel Metref
Saint Ouen sur Seine le 20 Avril 2026