Les mots d’un montagnard
Illustration accompagnant « REGARDEZ-NOUS » dans sa publication Facebook.
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REGARDEZ-NOUS

Liberté et justice

REGARDEZ-NOUS

Le ciel est NOIR.
Pas de nuit — non —
Juste trop de fumée
pour voir les étoiles.

Un ciel de cendres
avale la lumière,
Et le vent porte des noms
qu’on n’ose plus dire.

Sous les ruines,
le cœur d’un peuple bat encore,
Fragile comme une braise
qu’on voudrait éteindre.

Sous les pierres,
un cri qu’on n’entend plus,
Un jouet brisé,
une mère sans voix.

Les murs connaissent
le nom de la peur,
Et le ciel,
lui,
s’est fermé à la lumière.

Les murs SAIGNENT des prénoms,
Les pierres ont la mémoire longue,
Et la douleur,
elle,
ne demande plus la parole —
Elle la prend.

Les bombes tombent avec méthode,
Les silences aussi.
Les écrans filtrent la douleur,
Jusqu’à ce qu’elle paraisse normale.

Les mots s’étranglent dans les journaux,
Les chiffres effacent les visages.
Le monde regarde,
puis détourne,
Comme si la douleur avait trop de chaînes.

On dit : “dommages collatéraux.”
Comme si un cœur pouvait être une donnée,
Comme si un corps
pouvait rentrer dans un tableau Excel.

On parle de paix
comme d’un rêve crevé,
Diplômes et discours
pour cautériser la honte.

Pendant ce temps,
un enfant écrit sur un mur :
“Regardez-nous.”

Un enfant dessine le soleil
Avec un crayon qui tremble.
Il ne sait pas que même la paix
Peut mourir d’indifférence.

Mais chaque battement,
C’est un monde.
Et chaque monde détruit,
C’est une promesse qu’on assassine.

Mais les yeux du monde
sont pleins de confort,
Pleins d’habitudes
et d’excuses.

La justice,
elle,
attend qu’on la nomme sans peur,
Qu’on la réclame à voix nue,
Qu’on la crie
jusqu’à ce que la pierre se fissure.

Alors que font nos cœurs,
nos mains,
nos voix ?

Le silence ne sauve personne.
Il faut parler,
pleurer,
crier —
Pour qu’un jour,
la vie recommence.

Silence.
C’est le son préféré des puissants.
Pendant que les bombes parlent,
Les mots,
eux,
s’excusent d’exister.

Car il n’y a pas de cause sacrée
Dans le sang des innocents.
Il n’y a que des vies suspendues,
Et la honte de ceux qui se taisent.

Un enfant trace au charbon :
“Regardez-nous.”
Mais les écrans clignotent d’indifférence,
Et les consciences…
Scrollent.

On dit que c’est loin.
Mais le sang —
Le sang, lui —
N’a pas de distance.
Il coule jusqu’à nous,
Dans nos veines de spectateurs.

Alors PARLONS.
CRIONS.
Refusons le confort du silence.

Parce que la vie n’a pas de camp,
Parce que la justice n’a pas de drapeau,
Et parce que le silence —
Oui, le silence —
Fait TOUJOURS partie du bruit.

Regardez-nous…
Avant qu’il ne reste plus rien à voir.

Djamel Metref
At Yenni le 14 octobre 2025