Quelle époque !
On marche sur des fils invisibles,
entre deux notifications,
le cœur battant au rythme des écrans.
Les matins s’ouvrent en lumière bleue,
non plus celle de l’aube,
mais celle des mondes compressés
dans nos paumes.
Quelle époque, vraiment —
où l’on s’aime en pixels,
où l’on se quitte en silence numérique,
où les mots voyagent plus vite que les regrets.
Les villes respirent encore,
pourtant.
Sous le béton,
les racines persistent.
Un enfant rit dans une cour d’école
et ce rire n’a besoin d’aucun réseau.
Une vieille femme parle aux pigeons
comme si le temps n’avait jamais appris
à courir.
Nous sommes pressés,
pressés de réussir,
de comprendre,
d’exister en plusieurs versions
de nous-mêmes.
On archive nos souvenirs
avant même de les vivre.
Et pourtant —
il suffit d’un ciel rouge
au crépuscule,
d’une main frôlant
une autre main,
d’un parfum de pluie
sur la poussière chaude,
pour que tout redevienne simple.
Quelle époque !
Fragile et bruyante,
vertigineuse et splendide.
Nous avançons dans le vacarme
avec des poches pleines d’étoiles,
cherchant encore
comment être humains
au milieu des machines.
Djamel Metref
At Yenni 1 mars 2026
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