Les mots d’un montagnard
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Poésie thérapie

Écriture et poésie

Poésie thérapie

"La poésie, c'est le plus joli surnom qu'on donne à la vie", Jacques Prévert.

Il y a des jours où rien ne tient.
Ni le cœur, ni le corps,
ni même le ciel au-dessus de nos têtes.

Alors les mots viennent.
Pas les grands mots.
Des mots simples, effilochés,
tremblants parfois.
Des mots qui sentent la pluie,
ou la peau chaude après une fièvre.

Je ne sais pas pourquoi j’écris.
Mais quand j’écris,
quelque chose se décante.
Comme si la douleur prenait une forme
que je pouvais tenir entre mes doigts.
Une forme qu’on peut poser
sur la page
et regarder sans reculer.

La poésie, ce n’est pas joli.
Ce n’est pas sage.
C’est brut.
C’est un cri qui a appris à marcher doucement.

Et puis —
quelque part, quelqu’un lit.
Et me reconnaît.
Sans me connaître.
Et ça suffit.
Pour continuer.

Et puis —
un matin sans drame.
Juste la lumière
qui glisse doucement
sur le bord du lit.
Et dans la poitrine,
un peu d’espace.

Pas grand-chose.
Mais assez pour respirer autrement.

On croyait que c’était fini.
Qu’on n’écrirait plus
ou que les mots s’étaient tus
à jamais.
Mais non.
Ils reviennent.
Autres.
Plus tendres, peut-être.
Plus vivants.

Écrire devient alors
une façon d’habiter la joie
sans l’abîmer,
de la toucher
sans l'effrayer.

Et parfois, dans un vers,
un visage.
Une main tendue entre deux silences.
Un écho venu d’un autre cœur.
Comme si écrire
c’était aussi appeler,
et que quelqu’un, quelque part,
avait répondu.

Ce lien-là,
fait d’encre et de souffle,
personne ne le voit.
Mais il tient.
Comme une racine sous la terre.
Comme un fil sous la peau.

Créer,
ce n’est pas fuir le monde.
C’est y revenir,
les mains pleines
d’une lumière qu’on croyait perdue.

Et puis vient le moment
où ce n’est plus seulement pour soi.

On écrit encore,
mais pour l’inconnu qui tremble aussi,
pour celle qui ne trouve pas les mots,
pour celui qui se tait depuis trop longtemps.
On écrit
comme on allume une lampe
au bord du chemin.

On ne guérit pas les autres,
non.
Mais on peut ouvrir
une brèche.
Un passage.
Dire : moi aussi.
Moi aussi j’ai eu peur.
Moi aussi j’ai marché dans le noir.
Et regarde —
on peut y planter des graines.

Peut-être qu’un jour,
quelqu’un tombera sur ces mots
comme on tombe sur une source
au cœur du désert.
Et boira.

Peut-être que rien ne se passera.
Et pourtant…
les mots auront été dits.
Mis au monde.
La poésie aura fait ce qu’elle sait faire :
rejoindre,
réveiller,
rester.

Ce n’est pas grand, la poésie.
Mais c’est assez.
Pour ne pas sombrer.
Pour tendre la main.
Pour dire encore,
et malgré tout :
viens.
On continue.

Et puis,
on apprend à se taire aussi.

À laisser les mots vivre sans nous,
comme des enfants qui prennent la route
avec nos silences dans les poches.

On n’attend plus qu’ils changent le monde.
On sait qu’ils font ce qu’ils peuvent —
comme nous.
Petites lanternes dans le brouillard.

La poésie ne guérit pas tout.
Mais elle accompagne.
Elle veille.

Parfois elle revient
dans le regard d’un inconnu,
dans la voix d’un ami,
dans une page qu’on n’écrivait pas pour soi
mais qui, soudain,
fait battre un autre cœur.

Alors on comprend :
il n’y avait rien à prouver.
Seulement à offrir.
À transmettre,
à travers l’ombre, la lumière,
et tout ce qu’il y a entre les deux.

Et peut-être que c’est ça,
au fond :
la poésie.
Ce qui ne sauve pas,
mais qui tient.
Ce qui ne crie pas,
mais qui répond.
Ce qui passe —
et reste.

Djamel Metref
At Yenni le 9 Août 2025