Les mots d’un montagnard
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Poème apotropaïque

Écriture et poésie

Poème apotropaïque

Dans la chambre du vent où tremble la lumière,
j’ai suspendu des mots comme des talismans.
Ils veillent aux seuils fragiles de la nuit,
là où les peurs apprennent à prononcer nos noms.

Il existe, dit-on, des phrases qui détournent le mal
comme une main calme écarte la fumée.
Des syllabes anciennes, polies par les siècles,
qui savent où se cachent les ombres.

Je marche parmi elles
comme dans un jardin de pierres dressées,
chaque vers gravé contre l’oubli,
chaque silence rempli d’une prière invisible.

Car le monde tremble souvent.
Le cœur aussi —
fragile porte battante
entre l’aube et l’orage.

Alors j’écris.

Non pour convaincre le destin,
mais pour dresser une lampe
au milieu du corridor obscur
où passent les rumeurs de la nuit.

Je dis :
que la mer reste au loin,
que la foudre oublie nos toits,
que les loups se perdent dans les forêts profondes.

Je dis :
que les enfants rêvent longtemps,
que les vieillards ferment les yeux
avec la douceur d’une feuille qui tombe.

Et les mots —
ces pierres tièdes ramassées dans la bouche du temps —
s’alignent autour de nous
comme un cercle de feu tranquille.

Peut-être ne repoussent-ils rien.
Peut-être ne sont-ils
qu’un fragile mensonge lumineux.

Mais parfois, dans le souffle qui suit le vers,
je sens l’air devenir plus vaste,
comme si l’ombre reculait d’un pas.

Alors je comprends :
le poème n’est pas un mur,
ni un bouclier forgé dans le fer.

C’est un geste.

Une paume ouverte vers l’invisible,
un signe discret gravé dans l’air —
comme ces symboles anciens
au-dessus des portes des maisons.

Apotropaïque.

Non pour bannir le monde,
mais pour rappeler doucement à la nuit
qu’ici
habite encore
la fragile et indocile lumière.

Djamel Metref
Birkhadem le 7 mars 2026