Les mots d’un montagnard
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Ouvre-moi les portes de ton cœur,

Amour et désir

Ouvre-moi les portes de ton cœur,

Ouvre-moi les portes de ton cœur,
non pas celles que tu entrouvres
aux jours polis,
aux heures raisonnables,
mais les grandes portes intérieures,
celles qui grincent un peu
parce qu’on les a trop longtemps laissées
face au vent.

Je ne viens pas en conquérant,
je n’ai ni drapeau ni clairon.
Je viens avec mes mains nues,
chargées seulement de lumière tremblante,
comme on porte une flamme
dans la nuit qui doute.

Ouvre-moi les portes de ton cœur,
que j’y entende la rumeur secrète
de tes marées.
Car je sais qu’en toi
il y a des océans qui ne figurent sur aucune carte,
des archipels de silence
où s’abritent tes rêves les plus anciens.

Laisse-moi entrer dans la salle aux miroirs brisés,
là où tu caches tes blessures
comme des trésors inversés.
Je ne détournerai pas les yeux.
Les fissures sont des constellations intimes,
et chaque éclat raconte
le courage d’avoir aimé malgré la chute.

Ouvre-moi les portes de ton cœur
comme on ouvre une fenêtre après l’orage.
Je veux sentir l’odeur de la pluie
sur la terre de ton âme,
voir comment l’espérance
repousse toujours,
fine herbe obstinée
entre les pierres du passé.

Je m’assiérai près de tes peurs
sans les juger.
Je leur parlerai doucement
comme on parle aux enfants
qui ont trop longtemps tremblé dans l’ombre.
Je leur dirai que la nuit
n’est qu’un manteau
et que l’aube attend patiemment
derrière chaque paupière fermée.

Ouvre-moi les portes de ton cœur,
et je t’offrirai le mien
sans serrure.
Tu y trouveras des chambres encore en chantier,
des plafonds couverts de questions,
mais aussi des jardins suspendus
où fleurissent des promesses sauvages.

Si tu crains le vertige,
nous avancerons lentement,
pas à pas,
sur le pont fragile de nos confidences.
Nous apprendrons l’équilibre
dans le simple échange d’un regard
qui dit :
« Je suis là,
et je ne fuis pas. »

Ouvre-moi les portes de ton cœur,
et que nos silences se reconnaissent.
Car parfois, l’amour ne parle pas :
il respire.
Il est cette présence vaste
qui dilate l’espace
jusqu’à faire tomber les murs.

Alors, si tu consens,
je déposerai au seuil
mes doutes et mes orgueils,
comme on ôte ses chaussures
avant d’entrer dans un lieu sacré.
Je marcherai doucement
sur les mosaïques de ta mémoire.

Et peut-être,
dans la clarté fragile de cette rencontre,
verrons-nous naître un feu tranquille —
ni brasier dévorant,
ni étincelle éphémère —
mais une braise fidèle,
qui éclaire sans brûler.

Ouvre-moi les portes de ton cœur,
et je t’aiderai à en élargir les murs,
jusqu’à ce qu’ils deviennent horizon.
Alors nous n’aurons plus besoin de clés :
nous serons
la maison l’un pour l’autre,
le refuge et le voyage,
la porte
et l’infini.

Djamel Metref
At Yenni le 5 mars 2026