Les mots d’un montagnard
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Les petits riens

Temps et existence

Les petits riens

Rien ne reste,
dis-tu —
et déjà le vent
efface nos traces sur le sable des heures.

Nos triomphes ?
Poussière dorée dans l’air du soir.

Nos victoires ?
Éclats de verre poli
que la mer reprend sans bruit.

Tout s’en va,
les grandes promesses,
les discours vibrants,
les noms gravés trop haut pour nos mains.

Et pourtant…
Il demeure
le cliquetis familier d’une tasse le matin,
la buée sur la vitre
où l’on dessine un cœur distrait,
le pain rompu en deux
dans la tiédeur d’une cuisine encore ensommeillée.

Il demeure
ce regard échangé sans témoin,
ce rire pour rien —
juste pour le plaisir de respirer ensemble,
cette manie de plier les coins des pages
comme pour retenir le temps.

Les petits riens
ne font pas de bruit.

Ils ne réclament ni médaille,
ni mémoire.

Ils s’installent doucement
dans le creux des jours ordinaires.

Ils sont ces gestes minuscules
qui tiennent nos vies
comme des points de couture invisibles
sur une étoffe fragile.

Rien ne reste,
oui —
sinon cette façon que nous avons eue
de poser la main sur une épaule,
de dire “je suis là”
sans même prononcer les mots.

Et quand tout s’efface,
quand les grandes dates se dissolvent
dans la poussière des calendriers,
ce sont eux qui demeurent encore,
les petits riens,
comme des braises discrètes
au fond du cœur,
assez chaudes
pour éclairer la nuit entière.

Djamel Metref
At Yenni le 25 février 2026