Les mots d’un montagnard
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Les mots de tête

Écriture et poésie

Les mots de tête

Les mots ne sont jamais
innocents.

Ils portent
la mémoire des lèvres,
le poids des silences,
la chaleur des étreintes
et la froideur des adieux.

Les mots cherchent la lumière.
Les sots cherchent le bruit.
Les mots bâtissent des ponts,
les sots dressent des murs.

Les mots fleurissent
dans les pots,
quand on les arrose
de silence
et qu'on les expose
à la lumière du cœur.

Le beau ne parle pas.
Il se laisse approcher
par des mots assez humbles
pour ne pas le défigurer.

Ils peuvent
bâtir une demeure
dans le cœur d'un enfant,
ou y laisser
une fissure éternelle.

Les mots interrogent,
doutent,
écoutent.
Les sots assènent,
jugent,
et confondent
le vacarme
avec la vérité.

Il en naît
des pensées,
des parfums,
des saisons.

Les mots cherchent
le beau,
le frôlent,
le célèbrent,
sans jamais l'enfermer.

Les mots traversent le temps
comme des graines dans le vent.
Les uns tombent sur la pierre
et s'effacent.

Les mots grandissent
à mesure qu'on les partage.
Les sots,
grandissent à mesure
qu'on les applaudit.

Les mots ne demandent
ni terre immense,
ni jardin d'apparat.

Car le beau n'habite
ni les dictionnaires
ni les discours.

Les mots trouvent
une terre fertile
où ils deviennent arbres,
forêts,
et parfois révolutions.

Alors je choisis les mots.
Car un mot juste
vaut toujours davantage
que mille certitudes
portées par les sots.

Un simple pot suffit,
pourvu qu'une main
les sème avec tendresse.

Le beau naît
dans le regard
qui s'émerveille,
dans le silence
qui écoute,
dans la vérité
qui n'a pas besoin
de crier.

Je cueille les mots
avec précaution,
comme on recueille l'eau
dans le creux des mains.

Mais gare
aux mots oubliés :
sans écoute,
ils se fanent
avant même
d'avoir porté
leurs fleurs.

Alors j'écris,
non pour posséder
le beau,
mais pour marcher
vers lui.

Car un mot juste
éclaire une vie.
Et un mot d'amour,
prononcé
au bon moment,
peut vaincre
des années de nuit.

Et parfois,
d'un humble pot de terre,
éclot un poème capable
d'embaumer le monde.

Et lorsque
les mots s'effacent,
il arrive parfois
que le beau demeure.

Si les insultes
ne sont que des mots,
alors les crachats
ne sont que de l'eau.

Pourtant,
l'un comme l'autre
peuvent humilier,
blesser,
ou nier la dignité d'un être.

Ce n'est pas la matière
qui fait la violence.
Ce sont l'intention,
le mépris,
et la trace qu'ils laissent
dans le cœur de celui
qui les reçoit.

Les mots ne saignent pas.
Mais ils savent parfois
ouvrir des blessures
qu'aucun pansement
ne referme.

Djamel Metref
Maatkas le 19 juillet 2026