Les fils invisibles des marionnettistes
Ils tirent sur nos fils comme sur des marionnettes,
et nous dansons, pendus, croyant marcher seuls.
Ils ont tendu dix fils invisibles autour de nos vies endormies.
Nous avançons, croyant marcher,
mais nos pas résonnent dans leurs cages.
Peuple endormi,
ils ont jeté sur toi dix fils invisibles.
Tu marches comme un pantin
dans un théâtre qui n’est pas le tien.
Ils tirent les fils.
Toi, tu bouges.
Tu crois marcher,
mais tu danses dans leur théâtre.
Dix cordes pour nous tenir en laisse,
dix cordes pour faire de nous des pantins.
Premier fil : la distraction.
Écrans, matchs, feux d’artifice.
Ils agitent des miroirs cassés,
dressent des spectacles pour aveugler nos regards.
Pendant que nos frères tombent,
nous applaudissons la poussière des écrans.
Ils offrent des chaînes couvertes de fleurs,
et tes yeux brillent devant l’illusion,
pendant que la vérité saigne derrière le rideau.
Deuxième fil : la peur.
Ils allument l’incendie,
puis se déguisent en pompiers héroïques.
Ils sèment la braise et se proclament sauveurs,
nous offrant des menottes dorées au nom de la sécurité.
Tu les acclames,
sans voir qu’ils sont les pyromanes.
Troisième fil : la lenteur.
Ils nous rongent par morceaux, goutte après goutte,
jusqu’à ce que la plaie paraisse naturelle.
Un droit retiré, puis un autre.
Une liberté rognée, puis une autre.
À la fin, nous croyons que rien n’a changé,
alors que tout est perdu.
Quatrième fil : le futur.
Ils annoncent des lendemains sombres
pour que nous cédions aujourd’hui.
Nous sacrifions le présent
pour payer une dette qui n’existe pas encore.
Cinquième fil : l’infantilisation.
Ils nous parlent comme à des enfants,
et nous rions de leurs fables.
Peu à peu, notre esprit se réduit à des jouets.
Sixième fil : l’émotion.
Ils frappent le cœur, pas le cerveau.
Un peuple qui tremble ne construit pas de raison.
Un peuple ému n’analyse plus,
il obéit.
Septième fil : l’ignorance.
Ils dressent des murs d’écoles sans fenêtres,
où l’on apprend à plier la tête, jamais à lever les yeux.
Diplômes en carton, savoirs vides :
ils veulent un peuple qui exécute,
pas un peuple qui comprend.
Huitième fil : la médiocrité.
Ils font de la vulgarité une médaille,
de la bêtise un drapeau,
et nous rions de notre propre effondrement.
Nous dansons sur nos ruines,
fiers d’être rois de poussière.
Neuvième fil : la culpabilité.
Ils retournent nos blessures contre nous.
Nos faiblesses deviennent des fautes,
notre misère devient notre faute.
Ainsi l’esclave s’accuse lui-même
et oublie son maître.
Dixième fil : la connaissance.
Ils sondent nos rêves plus profondément que nous.
Ils connaissent nos désirs avant qu’ils n’émergent,
nos peurs avant qu’elles ne brûlent.
Ils possèdent notre inconscient
et nous croient déjà perdus.
Mais voici la vérité :
aucun fil n’est invincible.
Aucune corde n’est éternelle.
Chaque fil peut brûler.
Chaque main qui tremble peut se fermer en poing.
Et si les marionnettes s’unissent,
les dix cordes se rompent,
et les maîtres tombent avec elles.
Le jour viendra où les pantins
déchireront leurs cordes.
Alors les masques tomberont,
les tours de verre s’effondreront,
et le silence deviendra rugissement.
Ce rugissement portera un nom :
Peuple.
Le peuple parlera.
Le peuple marchera.
Le peuple rugira.
Et ce rugissement deviendra lumière.
Et cette lumière portera un seul nom :
Justice.
Djamel Metref
At Yenni le 30 août 2025
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