Les divagations d’un éternel rêveur
Je marche à contre-jour
dans les ruelles du temps,
Les poches pleines d’images
et de silences brûlants.
Mon regard s’égare
au bord des choses invisibles,
Là où le réel vacille,
fragile,
indocile.
Je marche entre deux mondes,
l’un me nomme,
l’autre m’efface.
Le jour me prête un visage,
la nuit me rend à moi-même.
Je parle aux murs usés,
aux fenêtres endormies,
Chaque fissure me conte
une autre vie possible.
Le monde me traverse
sans jamais me saisir,
Car je vis à l’envers,
dans l’ombre du désir.
Je collectionne les vents contraires,
ils sifflent dans mes poches trouées,
chaque rafale y laisse un mot
que je n’ose pas dire à voix haute.
Je rêve les yeux ouverts,
le cœur à demi-nu,
Je bâtis des palais
avec ce qui n’est plus.
L’espoir est un mirage,
mais je m’y désaltère,
Même quand le ciel se ferme
comme un livre austère.
Je rêve debout,
penché au bord du réel
comme on se penche sur un puits
pour y reconnaître son reflet brisé.
On me dit : reviens,
la terre est sous tes pas,
Mais mes pas sont ailleurs,
là où l’âme s’égare.
Je préfère l’errance
aux routes trop droites,
La faille à la certitude,
la nuit à la loi.
La lumière me traverse
sans s’arrêter,
l’ombre,
elle,
me connaît par cœur.
J’avance à l’instinct,
fidèle à mes doutes
comme d’autres
le sont à leurs certitudes.
On m’apprend à compter les heures,
moi je compte les absences.
On m’offre des routes droites,
je choisis la fissure,
là où l’âme respire encore.
Éternel rêveur,
oui,
condamné à l’étoile,
À suivre des lueurs
sur une mer sans voile.
Si je tombe un jour,
ce sera vers le haut,
Dans un songe sans fin,
plus vaste que les mots.
Éternel rêveur,
je bâtis des refuges
avec l’inachevé,
je fais de mes chutes
des façons de m’élever.
Et si je me perds,
que ce soit dans un rêve assez vaste
pour contenir la nuit
et assez fragile
pour laisser passer l’aube.
Djamel Metref
At Yenni le 18 décembre 2025
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