Les délires de la fée verte
Au comptoir vert
des heures mortes,
L’absinthe verse
un rire ancien,
Un parfum d’étoiles
tordues
Dans les veines pâles
du matin.
Elle dit :
« Bois donc avant
que l’ombre avance,
Avant
que les horloges mordent,
Avant
que demain,
ce vieux voleur,
Te ferme la porte
au nez. »
Alors
on remet
à demain
Les aveux,
les départs,
les tendresses ;
On range les rêves
dans des tiroirs
Comme des chemises
qu’on ne porte jamais.
Mais demain
est un fonctionnaire
fatigué,
Il prend sa retraite
sans prévenir.
Et nous restons là,
Avec des regrets
collés au cœur
Comme des timbres
sur des lettres
jamais envoyées.
L’absinthe
éclate de rire.
Elle connaît
les hommes :
Ces champions
des disputes
inutiles,
Rois splendides
des salons silencieux,
Qui gagnent
chaque bataille
Et dorment seuls
dans un lit trop grand.
Elle murmure
aux jeunes visages :
« Ne remplissez pas
vos agendas
Comme on gave
une oie avant l’hiver.
La réussite
sans ivresse
de vivre
N’est
qu’un calendrier
bien tenu. »
Puis elle lève
son verre trouble
À ceux qui hésitent
encore.
La vie,
dit-elle,
C’est un café
brûlant
au bord
du monde ;
Si tu tardes trop
à le boire,
Tu accuseras
le café
d’être froid
Alors que
c’est ton absence
Qui l’a laissé
mourir.
Et dans la fumée
verte
des minutes,
L’absinthe
danse encore,
Délicieuse,
délirante,
Comme
une dernière chance
Qu’on aurait enfin
décidé
De ne pas remettre
à demain.
Djamel Metref
At Yenni le 1 juin 2026
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