Les mots d’un montagnard
Les ombres d’une fenêtre et d’objets se dessinent sur un mur violet.
Photographie © Djamel Metref
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Le tribunal de la nuit

Angoisse et solitude · Écriture et poésie

Le tribunal de la nuit

La nuit s'étire 
en longues pages,
Écrites d'encre 
et de silences.

Elle ne dort jamais.

Elle veille, 
immobile, 
comme un dieu oublié 
qui compterait 
nos renoncements 
au lieu des étoiles.

Chaque seconde 
est un voyage
Entre l'absence 
et l'espérance.

Je marche dans une chambre 
où les murs ont appris mon nom, 
où chaque craquement du bois 
ressemble à une question 
que personne n'a le courage 
de poser.

Les lampadaires 
sont des phares
Pour les naufragés 
du sommeil ;

Ils éclairent 
de faibles lueurs
Les rêves perdus 
au réveil.

L'insomnie n'est pas l'absence 
du sommeil. 
C'est la présence excessive 
de la conscience.

Le temps murmure 
sans visage,
Les murs retiennent 
les soupirs.

À cette heure, 
les souvenirs cessent 
de mentir. 

Mon cœur feuillette 
son passage
Parmi les souvenirs 
à dire.

Ils retirent leurs masques, 
ouvrent leurs cicatrices 
et réclament leur part 
de vérité.

Le temps devient liquide. 

Il goutte lentement 
sur les nerfs, 
sur les regrets, 
sur les promesses 
que j'ai laissées mourir 
dans les poches des saisons.

Je comprends alors 
que le silence 
n'est pas vide. 

Il est peuplé 
de toutes les paroles 
que nous avons sacrifiées 
pour préserver 
des paix fragiles.

La nuit est un tribunal 
sans juge.

On y comparaît seul, 
face à soi-même, 
sans avocat, 
sans témoin, 
sans possibilité d'appel.

Et le verdict est 
toujours le même :
nous sommes des voyageurs 
qui confondent souvent 
la lumière avec le bruit, 
l'amour avec la peur, 
la certitude avec l'habitude.

Puis l'aube arrive.
Elle ne sauve 
personne.

Quand l'aube entrouvre 
sa fenêtre,
Les ombres rangent 
leurs secrets.

L'insomnie s'efface 
peut-être,
Mais laisse un poème 
inachevé.

Elle déplace 
simplement 
les ombres 
afin que les vivants 
puissent recommencer 
à oublier 
ce que la nuit 
leur avait révélé.

Et moi, 
je reste là, 
les yeux ouverts, 
à écrire 
des chroniques insomniaques,

comme on grave 
son nom 
sur la paroi 
d'un gouffre,
dans l'espoir insensé 
que l'écho réponde un jour

Djamel Metref 
At Yenni le 5 Août 2026