Les mots d’un montagnard
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Le poète s’est caché pour mourir

Mémoire et transmission · Écriture et poésie

Le poète s’est caché pour mourir 
                                              À Cheikh El Hasnaoui
Homme,
tu portais 
dans tes yeux
la montagne 
et ses silences,
un village accroché 
au ciel,
une vieille porte 
de Kabylie
qui ne s’ouvrait plus
que dans tes chansons.
Tu es parti loin 
des tiens,
loin des chemins 
de l’enfance,
avec dans la poche
quelques souvenirs 
froissés
et dans le cœur
une voix 
qui refusait 
de mourir.
Tu chantais l’homme,
ses amours 
et ses blessures,
ses départs 
sans retour,
ses nuits 
d’exil
et ces larmes 
discrètes
que les hommes cachent
derrière un sourire.
On dit que l’oiseau
cherche un arbre 
pour mourir.
Toi, 
peut-être,
tu as cherché 
le silence.
Tu t’es caché 
du monde,
mais pas 
de la mémoire.
Car comment 
se cacher
quand une chanson
a déjà pris racine
dans le cœur 
des hommes ?
Ta voix est restée
dans les cafés 
de Paris,
dans les montagnes 
de Kabylie,
dans la bouche 
des anciens,
dans le regard de ceux
qui ont connu l’exil
avant même de savoir
prononcer son nom.
Tu es mort 
loin de ta terre,
mais ta terre 
n’est jamais morte 
en toi.
Elle dormait 
dans chaque mot,
dans chaque accord,
dans chaque soupir
posé sur une mélodie.
Ô Cheikh,
tu voulais peut-être 
mourir seul,
à l’écart du bruit 
et des hommes,
mais la mort 
n’a pas su
emporter ton nom.
Elle a laissé 
derrière elle
un homme 
devenu chanson,
une chanson 
devenue mémoire,
une mémoire 
devenue pays.
Et lorsque 
le soir descend
sur les villages kabyles,
quand les montagnes
se couvrent 
de brume
et que les vieilles maisons
écoutent le vent,
quelqu’un 
murmure encore
tes paroles.
Alors tu reviens.
Pas comme un mort.
Comme une voix.
Comme un homme
qui s’était caché 
pour mourir
et que son peuple
a retrouvé 
pour l’éternité.
Djamel Metref 
At Yenni le 23 septembre 2026