Le poète maudît
Ô poète maudit,
ombre errante
des montagnes kabyles,
Genoux dans la rocaille
des sentiers du Djurdjura,
Tes vers naissent du sang,
gravés sur l'écorce des oliviers,
Comme un téléphone fissuré
qui vibre d'échos ancestraux.
Thé brûlant à la menthe,
ou eau pure des sources vives,
Ton cerveau bouillonne,
fièvre d'images rebelles.
La muse,
cette enchanteresse
aux yeux de braise,
Te chevauche en rêves,
fouet de mots ancestraux.
Maudit par les vents froids
qui hurlent dans les gorges,
Tu déclames des chants
aux bergers silencieux,
Déconnectés,
veillant leurs troupeaux
sous les étoiles berbères.
La création jaillit,
torrent noir
de l'encrier nomade,
Doigts calleux
sur clavier usé,
ou plume taillée
dans le thym.
Chaque rime est une lame
qui fend ta propre chair tannée,
Révélation brutale :
l'amour n'est qu'un feu
de paille dans le vent,
La gloire,
un écho fugace
sur les rochers millénaires.
Tu danses avec les ombres
des anciens poètes damnés –
Imazighen chantres,
résistants aux chaînes invisibles,
Voix de Jugurtha,
échos de Lalla Fatma N'Soumer.
Mais toi,
moderne damné,
tu tisses tes délires en tamazight,
Gravés en ligne
pour des âmes exilées
qui lisent
et pleurent.
La page blanche te fixe,
gouffre où sombrent tes aïeux,
Et le monde écoute
tes plaies sans les guérir.
Rédemption ?
Mirage dans le désert
des hauts plateaux,
Où le poète s'éteint,
stylo en main,
ciel étoilé témoin.
Pourtant,
de tes cendres renaît
le feu poétique ancestral,
Maudit éternel,
phénix aux ailes parfumées
au laurier rose.
Tu écris encore,
pour conjurer la nuit
qui enveloppe les crêtes,
Vers hybrides mêlant
chants millénaires
et cris d'aujourd'hui.
La postérité te lira,
écho vibrant
de ton cri rauque,
Toi,
le maudit qui forgea l'art
du fond des gorges profondes.
Finis-tu en légende
ou en oubli poussiéreux ?
Peu importe :
ton sang coule
en encre immortelle.
Djamel Metref
Ath Yenni le 26 Janvier 2026
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