Le froid apprivoisé
Sous le ciel pâle où danse le vent,
J’ai froid,
un froid qui prend son temps,
Il glisse aux creux de mes pensées,
Comme un silence déposé.
J’ai froid,
comme un matin sans soleil,
Un souffle gris posé sur mon sommeil.
Le vent mordille mes souvenirs,
Et chaque pas semble un soupir.
J’ai froid,
un froid un peu théâtral,
Celui qui fait trembler le moral
Et qui me pousse à déclarer
Que même mon café veut hiberner.
J’ai froid,
un froid de grand spectacle,
Le genre qui ferait même un miracle
Pour que je trouve enfin, un jour,
Un pull à la hauteur de mes détours.
J’ai froid,
un froid avec du caractère,
Le genre qui s’invite sans mystère,
Qui claque la porte, s’assoit chez moi,
Et dit : « Salut, on va geler, toi et moi. »
J’ai froid,
un froid un peu philosophe,
Qui me demande, d’un ton très soft :
« Dis-moi, pourquoi tes mains sont-elles
Aussi perdues que des hirondelles ? »
J’ai froid,
un froid avec des ambitions,
Qui veut écrire ma biographie en frissons,
Qui prend des notes sur mes joues,
Comme un critique un peu jaloux.
J’ai froid,
Un froid capricieux, mal éduqué,
Qui toque à ma porte sans jamais frapper,
Qui s’installe dans mes os, pieds sur la table,
Et me dit : « On va passer un moment mémorable. »
J’ai froid,
un froid qui arrive en retard,
Qui s’excuse à moitié, qui joue les blizzards,
Puis s’assoit sur mon épaule, très fier,
Comme s’il avait gagné tout l’hiver.
J’ai froid,
mais pas seulement dehors,
C’est un frisson venu du cœur
Qui se faufile entre mes heures,
Qui cherche en vain un peu de chaleur.
J’ai froid…
mais ton souvenir réchauffe,
Comme une flamme douce et sans fauve,
Un feu discret, un brin de toi,
Qui fond la glace — pas à pas.
J’ai froid…
mais si ta main frôlait la mienne,
La nuit perdrait ses vieilles chaînes,
Les murs s’ouvriraient au printemps,
Et tout deviendrait plus tendre, plus grand.
J’ai froid,
oui — mais pas trop longtemps :
Ton nom suffit à faire fondre
Tous mes hivers mal bien chaussés,
Et même mes pensées engourdies.
Un mot de toi, et tout s’apaise…
Même mon froid fait une révérence.
J’ai froid…
mais d’une chaleur étrange,
Celle qui, doucement, dérange,
Et qui transforme mes nuits gelées
En un printemps presque improvisé.
J’ai froid…
mais pas comme avant, non :
Un froid traversé d’étincelles et de sons,
Un froid qui danse, un froid qui rit presque —
Un froid apprivoisé, un peu grotesque.
J’ai froid…
mais pas trop grave,
Pas ce froid-là, pas celui qui navre :
Plutôt un froid qui sait danser,
Qui hésite, qui rit, qui veut chanceler.
J’ai froid…
mais d’un froid mélangé,
Un froid qui frissonne mais veut aimer,
Un froid qui fond dès que tu approches,
Même quand tu n’es qu’un souvenir en poche.
J’ai froid…
mais un froid transformé,
Un froid qui parle, qui veut s’amuser,
Qui danse maladroit dans ma mémoire,
Qui tombe, se relève, cherche à y croire.
J’ai froid…
mais d’un froid paradoxal,
Un froid qui devient presque musical,
Un froid bordé d’éclats de toi,
Un froid qui sait qu’il perd, chaque fois.
Mais si ta voix venait à moi,
Un souffle chaud, un doux éclat,
Alors s’effacerait la nuit,
Et mon hiver deviendrait pluie.
Djamel Metref
At Yenni le 18 décembre 2025
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