Le cycle fragile des hommes
Un souffle,
d’abord,
presque rien —
une déchirure
dans le silence
du monde.
Dans ce souffle premier
s’éveille notre chair.
Un cri perce le monde
et déchire la terre,
et déjà la vie s’impose
comme une évidence
fragile.
Les mains s’ouvrent,
cherchent la vie,
en tremblant
vers la lumière,
agrippent l’air,
comme si exister
était tomber sans fin
et apprendre à tenir
malgré tout.
Et l’ombre déjà veille
au bord de la poussière.
L’enfance est un matin
qui passe
comme une lumière
trop vive,
où tout semble éternel.
Les rires qui ignorent
encore le poids des jours
sont des chants
défiant le ciel cruel.
Mais le temps,
lent voleur
aux pas presque invisibles,
Grave en nous ses leçons
profondes et terribles.
Vient l’âge des élans,
des amours incertains,
où le cœur égaré s’emballe
pour un autre cœur,
où l’amour promet des éternités
que,
demain,
il ne sait tenir.
On se construit
dans les bras des autres,
on se brise aussi,
doucement,
sans toujours comprendre
pourquoi.
Dans l’ardeur des regards
naissent mille espérances,
Puis l’oubli,
ou la peur,
consument ces romances.
Le travail arrive ensuite,
et nous enchaîne
à des jours répétés,
Forgés dans la fatigue
et les nécessités,
Les rêves rangés
dans des tiroirs
et les espoirs comptés
en heures.
On avance,
on produit,
on fatigue —
et parfois on oublie de vivre.
On bâtit des destins
sur des rêves fragiles,
Et l’or de nos efforts
nous semble souvent stérile.
Heureusement,
il y a l’amitié,
ces présences discrètes
qui nous empêchent
de tomber tout à fait.
L’ami tend une main
dans les nuits de détresse,
Partageant nos silences,
apaisant nos faiblesses.
Mais même là,
le doute s’invite,
et certaines absences
font plus de bruit
que mille paroles.
Et parfois la trahison
s’invite à nos festins,
Et brise en un instant
la foi des lendemains.
Ici,
des hommes parlent
de paix
comme d’un idéal
lointain.
là-bas,
d’autres meurent
sans jamais
l’avoir connue.
La paix paraît si douce
aux âmes fatiguées,
Comme un champ apaisé
après l’orage enragé.
Et pendant ce temps,
le monde tremble.
La guerre revient,
implacable
et brutale,
Semant feu,
sang,
douleur
dans sa marche
infernale.
La guerre dévore
les visages,
la famine creuse
les corps,
et la terre semble parfois
oublier qu’elle porte
des humains.
Au milieu de tout cela,
il y a la famille —
un refuge imparfait,
fait d’amour maladroit
et de blessures héritées.
La famille est un port
où l’on cherche refuge,
Un amour imparfait
que le temps souvent juge.
On y revient,
on s’en éloigne,
mais elle reste en nous
comme une racine
indéracinable.
Puis le temps ralentit.
Le corps résiste moins,
les souvenirs prennent
plus de place
que les jours à venir.
Entre gestes
et mots,
entre absence
et présence,
Se tissent nos racines
et notre appartenance.
On regarde en arrière
comme on contemple un paysage
qu’on ne pourra plus traverser.
Et plus loin,
sous le ciel
que la faim rend austère,
Des corps frêles
implorent un peu de pain
sur terre.
Tandis que d’autres vivent
en abondance amère,
Le monde se déchire
en partage inégalitaire.
Puis vient le lent déclin
où vacille la flamme,
Où le corps se fait lourd
et s’effiloche l’âme.
Il ne reste alors
qu’une question suspendue :
Les jours devenant courts,
les souvenirs plus vastes,
Et le passé murmurant
en échos qui s’encastrent,
avoir vécu,
aimé,
souffert,
espéré —
était-ce suffisant
pour donner un sens à l’infini ?
Enfin tombe le voile
aux confins du mystère,
Le souffle se retire
et rejoint la poussière.
Sans bruit,
la vie se retire,
Comme une marée
discrète
qui emporte tout
sans jamais expliquer
pourquoi.
Mais dans l’ombre subsiste
un espoir indicible :
Que vivre,
même un peu,
rend l’infini sensible.
Djamel Metref
Valentigney le 24 Avril 2026
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