Les mots d’un montagnard
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La voyageuse invisible

Amour et désir

La voyageuse invisible

Je ne connais pas
ton nom,
Mais je t'aime
comme la mer
aime la lune :

sans jamais la toucher,
et pourtant soulevant
des montagnes d'eau
à chacun de ses passages.

Parfois tu portes
le visage de l'aube,
parfois celui
d'une étoile tombée
dans la mer.

Tu changes
comme changent
les saisons,
mais ton absence
demeure la même.

Tu es
cette source cachée
que cherche la rivière
à travers les pierres,

les vallées
et les siècles,
sans savoir où elle naît,
mais certaine qu'elle existe.

Tu es toutes les femmes
et aucune à la fois.
J'ai semé ton ombre
dans les champs
de mon attente.

Les saisons
ont passé dessus,
et chaque printemps
y fait pousser des fleurs
dont je ne connais pas
le nom.

Tu es le parfum
que le vent emporte
avant que je puisse le retenir,
la silhouette dessinée
par la brume
sur le miroir des matins
silencieux.

Si tu doutes de moi,
interroge les chemins.
Ils savent pourquoi
mes pas regardent
toujours plus loin
que l'endroit
où ils se posent.

Je te poursuis
dans les couloirs
du sommeil
comme un navigateur suit
une constellation
inconnue.

Chaque nuit,
tu allumes un phare
au loin,
et chaque matin,
l'horizon l'efface.

Interroge l'horizon :

depuis des années,
il me voit tendre
les mains
vers une rive
qui n'apparaît jamais,
et pourtant je continue
d'avancer.

Tu habites
les terres
que mes pas
n'ont jamais foulées,

les jardins
que le temps
garde fermés,

les pages blanches
d'un livre
que mon cœur lit
pourtant
depuis toujours.

Tu es l'étoile cachée
derrière le jour,
la pluie enfermée
dans la graine,

le chant
encore prisonnier
de l'oiseau.

J'interroge les nuages ;
ils empruntent
parfois ta forme.

J'interroge la pluie ;
elle tombe
avec la douceur
de tes mains
imaginées.

J'interroge la lune ;
elle me répond
avec ton silence.

Je ne te connais pas,
mais mon âme
te reconnaît
comme la forêt
reconnaît l'orage,

comme le désert
reconnaît la pluie
avant même
que la première
goutte ne tombe.

Es-tu une promesse,
un souvenir
venu d'un autre âge,

ou simplement le visage
que mon âme façonne
pour donner un nom
à son espérance ?

Je l'ignore.

Mais je sais
que tu marches en moi
comme une rivière
souterraine.

Je ne te vois pas,
et pourtant
c'est toi qui nourris
les forêts de mes rêves.

Alors je continue d'attendre.

Non pas une femme
parfaite,
mais celle qui,
un jour,
fera taire
toutes les autres.

lorsque le destin
ouvrira
enfin sa porte,
je ne dirai pas :

« Te voilà. »

Je dirai :

« C'était donc toi,
la lumière qui traversait
mes nuits
sans jamais montrer
son visage,

le jardin invisible
dont le parfum
atteignait
déjà mon cœur. »

lorsque ses yeux
rencontreront les miens,
je reconnaîtrai
dans leur lumière
la voyageuse invisible
qui traversait mes nuits
depuis le commencement.

Djamel Metref
At Yenni le 3 Juin 2026