La nuit sur les montagnes
Dans ma chambre,
à l’heure
où le village sommeille,
La chaleur de l’été
demeure dans les murs ;
La montagne,
au loin,
sous la clarté vermeille,
Garde dans son silence
un secret toujours pur.
La fenêtre est ouverte,
et pourtant rien ne passe,
Pas le moindre souffle
d’air dans les oliviers ;
La nuit pose en silence
une ombre sur l’espace,
Et les astres semblent
veiller sur les foyers.
Au loin,
quelques lumières tremblent
dans la montagne,
Comme des rêves perdus
qu’on refuse d’oublier ;
Chaque maison s’endort,
chaque chemin s’éloigne,
Et mon cœur reste seul,
incapable de dormir.
Je regarde longtemps
les sommets dans la nuit,
Leurs contours immobiles
se perdent dans le ciel ;
Et je cherche en leur calme
une réponse à l’ennui,
Un signe qui pourrait
rendre l’espoir à mes ailes.
Car il est des silences
plus lourds que les paroles,
Des absences qui vivent
au fond de la mémoire ;
Elles entrent avec nous
lorsque le jour s’isole
Et s'assoient près du cœur
lorsque descend le soir.
Personne ne sait vraiment
la longueur d’une nuit
Quand l’âme a tant de choses
qu’elle ne peut confier ;
Quand chaque souvenir,
doucement,
nous poursuit,
Et qu’on voudrait parler
sans savoir à qui parler.
Alors je parle
aux montagnes,
immenses
et anciennes,
À ces vieux oliviers
que connaît mon village ;
Je leur confie en secret
mes peines les plus anciennes,
Comme on confie au ciel
les blessures d’un âge.
Peut-être ont-ils connu,
eux aussi,
des départs,
Des visages disparus,
des promesses brisées ;
Peut-être leurs racines,
plongées dans le terroir,
Retiennent-elles encore
des histoires oubliées.
La lune éclaire à peine
les pierres des chemins,
Et son pâle reflet
descend sur les terrasses ;
Je voudrais croire encore
qu’au détour d’un matin
Une voix familière
viendra remplir l’espace.
Mais nul ne vient.
Le village dort
sous les étoiles,
Et mon cœur,
lui,
demeure éveillé ;
Je compte en silence
les heures qui dévoilent
Tout ce que le jour
réussit à cacher.
On sourit quelquefois
pour tromper les regards,
On dit que tout va bien,
lorsque tout est fragile ;
On porte son chagrin
derrière des mots dérisoires,
Avec cette pudeur
qui rend la peine invisible.
Et moi,
dans cette chambre
où ma solitude veille,
Je sens monter en moi
les fantômes du passé ;
Ils ont parfois
le visage de merveilles
Que le temps,
sans pitié,
m’a pourtant arrachées.
Je me souviens des jours
où la joie était simple,
D’un rire partagé,
d’un regard,
d’une voix ;
Il suffisait alors
que quelqu’un nous contemple
Pour que le monde entier
semble croire en nous.
Aujourd’hui,
le silence a pris leur place,
Et leurs noms résonnent
encore dans ma mémoire ;
Comme une ancienne prière
que le temps efface,
Mais que le cœur répète
au plus profond du soir.
Ô montagnes de Kabylie,
gardiennes de mes rêves,
Vous qui voyez passer
les saisons
et les hommes,
Dites-moi donc
pourquoi toute lumière s’achève,
Pourquoi l’absence
parfois devient le seul royaume ?
Vous connaissez les hivers,
les étés
et les guerres,
Les départs silencieux,
les retours espérés ;
Vous avez vu des cœurs
s’attacher à cette terre
Et d’autres,
malgré eux,
apprendre à s’en aller.
Alors dites-moi donc,
vieux témoins immobiles,
Existe-t-il un chemin
lorsque l’âme s’égare ?
Peut-on retrouver l’aube
au bout des nuits fragiles,
Ou faut-il simplement
apprendre à vivre dans le noir ?
Pourtant,
là-haut,
une étoile demeure,
Minuscule éclat
suspendu dans l’immensité ;
Elle tremble à peine,
mais elle rassure mon cœur,
Comme un discret serment
fait à l’éternité.
Et soudain je comprends,
dans le calme de la nuit,
Que l’espoir ne meurt pas
parce qu’il se fait discret ;
Il demeure quelque part,
sous les cendres de l’ennui,
Comme une braise cachée
qui refuse de s’éteindre tout à fait.
Peut-être faut-il perdre
pour apprendre à comprendre,
Traverser le silence
avant d’entendre enfin ;
Peut-être faut-il parfois
cesser de tout attendre
Pour découvrir la lumière
au détour du chemin.
Alors je ferme les yeux.
La montagne respire
dans l’obscurité,
Le village s’abandonne
aux bras profonds du sommeil ;
Et mon cœur,
après tant de nuits à lutter,
Accueille doucement
les premiers signes du réveil.
Je ne sais pas encore
ce que demain m’apporte,
Ni quel visage un jour
viendra changer mon destin ;
Mais je sais désormais
qu’au fond de chaque porte
Peut se cacher l’aurore
après le dernier chagrin.
Et si la nuit demeure
encore autour de mon âme,
Si le silence habite
toujours ma maison,
Je garderai cette fragile flamme
Qui murmure à mon cœur
qu’il existe un horizon.
Car même dans la nuit
la plus longue
et profonde,
Même lorsque l’on croit
que tout espoir s’est enfui,
Il suffit d’une étoile
pour éclairer un monde,
Et d’un peu de lumière
pour recommencer sa vie.
Alors,
montagne silencieuse,
garde mon secret,
Et laisse aux oliviers
le soin de s’en souvenir :
J’ai longtemps cru
que mon cœur était
à jamais défait,
Mais au fond de la nuit,
il apprend encore à fleurir.
Djamel Metref
At Yenni le 11 Août 2026
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