Les mots d’un montagnard
Un lampadaire éclaire les arbres et les toits dans la nuit.
Photographie © Djamel Metref
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La nuit sur les montagnes

Angoisse et solitude · Absence et manque · Résilience et espoir

La nuit sur les montagnes

Dans ma chambre, 
à l’heure 
où le village sommeille,
La chaleur de l’été 
demeure dans les murs ;

La montagne, 
au loin, 
sous la clarté vermeille,
Garde dans son silence 
un secret toujours pur.

La fenêtre est ouverte, 
et pourtant rien ne passe,
Pas le moindre souffle 
d’air dans les oliviers ;

La nuit pose en silence 
une ombre sur l’espace,
Et les astres semblent 
veiller sur les foyers.

Au loin, 
quelques lumières tremblent 
dans la montagne,
Comme des rêves perdus 
qu’on refuse d’oublier ;

Chaque maison s’endort, 
chaque chemin s’éloigne,
Et mon cœur reste seul, 
incapable de dormir.

Je regarde longtemps 
les sommets dans la nuit,
Leurs contours immobiles 
se perdent dans le ciel ;

Et je cherche en leur calme 
une réponse à l’ennui,
Un signe qui pourrait 
rendre l’espoir à mes ailes.

Car il est des silences 
plus lourds que les paroles,
Des absences qui vivent 
au fond de la mémoire ;

Elles entrent avec nous 
lorsque le jour s’isole
Et s'assoient près du cœur 
lorsque descend le soir.

Personne ne sait vraiment 
la longueur d’une nuit
Quand l’âme a tant de choses 
qu’elle ne peut confier ;

Quand chaque souvenir, 
doucement, 
nous poursuit,
Et qu’on voudrait parler 
sans savoir à qui parler.

Alors je parle 
aux montagnes, 
immenses 
et anciennes,
À ces vieux oliviers 
que connaît mon village ;

Je leur confie en secret 
mes peines les plus anciennes,
Comme on confie au ciel 
les blessures d’un âge.

Peut-être ont-ils connu, 
eux aussi, 
des départs,
Des visages disparus, 
des promesses brisées ;

Peut-être leurs racines, 
plongées dans le terroir,
Retiennent-elles encore 
des histoires oubliées.

La lune éclaire à peine
les pierres des chemins,
Et son pâle reflet 
descend sur les terrasses ;

Je voudrais croire encore 
qu’au détour d’un matin
Une voix familière 
viendra remplir l’espace.

Mais nul ne vient.

Le village dort 
sous les étoiles,
Et mon cœur, 
lui, 
demeure éveillé ;

Je compte en silence 
les heures qui dévoilent
Tout ce que le jour 
réussit à cacher.

On sourit quelquefois 
pour tromper les regards,
On dit que tout va bien, 
lorsque tout est fragile ;

On porte son chagrin 
derrière des mots dérisoires,
Avec cette pudeur 
qui rend la peine invisible.

Et moi, 
dans cette chambre 
où ma solitude veille,
Je sens monter en moi 
les fantômes du passé ;

Ils ont parfois 
le visage de merveilles
Que le temps, 
sans pitié, 
m’a pourtant arrachées.

Je me souviens des jours 
où la joie était simple,
D’un rire partagé, 
d’un regard, 
d’une voix ;

Il suffisait alors 
que quelqu’un nous contemple
Pour que le monde entier 
semble croire en nous.

Aujourd’hui, 
le silence a pris leur place,
Et leurs noms résonnent 
encore dans ma mémoire ;

Comme une ancienne prière 
que le temps efface,
Mais que le cœur répète 
au plus profond du soir.

Ô montagnes de Kabylie, 
gardiennes de mes rêves,
Vous qui voyez passer 
les saisons 
et les hommes,

Dites-moi donc 
pourquoi toute lumière s’achève,
Pourquoi l’absence 
parfois devient le seul royaume ?

Vous connaissez les hivers, 
les étés 
et les guerres,
Les départs silencieux, 
les retours espérés ;

Vous avez vu des cœurs 
s’attacher à cette terre
Et d’autres, 
malgré eux, 
apprendre à s’en aller.

Alors dites-moi donc, 
vieux témoins immobiles,
Existe-t-il un chemin 
lorsque l’âme s’égare ?

Peut-on retrouver l’aube 
au bout des nuits fragiles,
Ou faut-il simplement 
apprendre à vivre dans le noir ?

Pourtant, 
là-haut, 
une étoile demeure,
Minuscule éclat 
suspendu dans l’immensité ;

Elle tremble à peine, 
mais elle rassure mon cœur,
Comme un discret serment 
fait à l’éternité.

Et soudain je comprends, 
dans le calme de la nuit,
Que l’espoir ne meurt pas 
parce qu’il se fait discret ;

Il demeure quelque part, 
sous les cendres de l’ennui,
Comme une braise cachée 
qui refuse de s’éteindre tout à fait.

Peut-être faut-il perdre 
pour apprendre à comprendre,
Traverser le silence 
avant d’entendre enfin ;

Peut-être faut-il parfois 
cesser de tout attendre
Pour découvrir la lumière 
au détour du chemin.

Alors je ferme les yeux.

La montagne respire 
dans l’obscurité,
Le village s’abandonne 
aux bras profonds du sommeil ;

Et mon cœur, 
après tant de nuits à lutter,
Accueille doucement 
les premiers signes du réveil.

Je ne sais pas encore 
ce que demain m’apporte,
Ni quel visage un jour 
viendra changer mon destin ;

Mais je sais désormais 
qu’au fond de chaque porte
Peut se cacher l’aurore 
après le dernier chagrin.

Et si la nuit demeure 
encore autour de mon âme,
Si le silence habite 
toujours ma maison,
Je garderai cette fragile flamme
Qui murmure à mon cœur 
qu’il existe un horizon.

Car même dans la nuit 
la plus longue 
et profonde,
Même lorsque l’on croit 
que tout espoir s’est enfui,
Il suffit d’une étoile 
pour éclairer un monde,
Et d’un peu de lumière 
pour recommencer sa vie.

Alors, 
montagne silencieuse, 
garde mon secret,
Et laisse aux oliviers 
le soin de s’en souvenir :

J’ai longtemps cru 
que mon cœur était 
à jamais défait,
Mais au fond de la nuit, 
il apprend encore à fleurir.

Djamel Metref  
At Yenni le 11 Août 2026