Les mots d’un montagnard
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La nuit pour m’écouter

Angoisse et solitude

La nuit pour m’écouter

Je suis là
quand rien ne m’appelle.
La nuit n’est plus noire,
elle est intérieure.

Je suis éveillé
quand tout consent à dormir,
La nuit me laisse là,
sans mode d’emploi pour fuir.

Le silence s’étire,
compagnon maladroit,
Il sait tout de mes failles,
il ne juge pas.

La nuit me tient la main
sans jamais me répondre,
Je marche éveillé
là où les rêves se fondent.

Le silence est épais,
presque réconfortant,
Mais mon cœur bat trop fort
pour ce monde dormant.

Quand la ville s’éteint
sous des paupières closes,
Je veille,
naufragé d’un sommeil
qui s’oppose.

Le lit devient désert,
l’horloge un bourreau lent,
Chaque seconde pèse
comme un pas dans le néant.

La nuit ne me combat plus,
elle m’accueille.
Je veille
pendant que le monde s’abandonne.

Le lit est vaste,
mais je n’y trouve pas de repos.
Mes pensées s’entrechoquent
comme pluie sur le verre,
Ni tout à fait douleur,
ni tout à fait lumière.

Je me sens terriblement seul,
Mais libre aussi —
Libre de ne pas mentir
à ce que je suis.

Je suis seul,
oui,
mais d’une solitude lente,
Qui n’écrase pas toujours,
parfois elle enchante.

Dans l’insomnie,
le temps cesse d’être un ennemi,
Il devient un miroir
aux reflets infinis.

La nuit me parle bas,
mais je n’ai pas de voix,
Mes pensées font la ronde,
indociles,
aux abois.

Les murs savent mes peurs,
le plafond mes prières,
Et l’ombre est mon unique
et fidèle partenaire.

Je n’attends pas le sommeil,
je le laisse passer
comme on laisse partir
quelqu’un qu’on aime trop retenir.

Je ne dors pas —
je dérive.
L’insomnie creuse,
Mais elle éclaire.

Elle enlève les masques
que le jour tolère.
Je pense trop,
je sens tout,
jusqu’au moindre frisson.

La nuit me déshabille
de mes illusions.
Et dans ce face-à-face
avec l’obscurité,
Je découvre une paix fragile,
inachevée.

Je compte des silences
au lieu de moutons blancs,
Je revis des instants
que le jour rend absents.

Le monde dort sans moi,
paisible et souverain,
Tandis que je m’effrite
au bord du lendemain.

Mon corps est lourd,
mon esprit clair.
Dans cette contradiction
je tiens debout.

Les heures passent sans bruit,
elles me traversent.
Je suis seul,
mais cette solitude
respire avec moi.

Et quand l’aube arrive,
hésitante,
pâle promesse,
Je porte en moi la fatigue
Et une étrange tendresse.

Car l’insomniaque apprend,
au bord du matin gris,
Que même dans la veille,
on peut encore être en vie.

Pourtant,
dans ce veilleur
que la fatigue isole,
Brille un feu minuscule,
fragile luciole :
Car celui qui ne dort,
seul face à l’obscurité,
Apprend à se connaître
au cœur de la clarté.

Je suis seul,
mais pas vide.
L’insomnie n’est pas qu’un manque :
c’est une chambre ouverte
où les pensées entrent sans frapper.

Car j’ai tenu compagnie à la nuit entière,
Et survécu à moi-même,
En silence,
En lumière.

L’insomnie devient un seuil,
ni douleur
ni paix entière.
Certaines pensées blessent,
d’autres restent,
doucement.

Juste
moi,
respirant
dans l’obscur
jusqu’au jour.
Et au seuil du matin,
fatigué mais intact,
je comprends :
la nuit m’a gardé éveillé
pour que je m’écoute.

Djamel Metref
At Yenni le 24 décembre 2025