Les mots d’un montagnard
Les ombres d’une fenêtre, d’un ventilateur et d’une chaise sur un mur.
Photographie © Djamel Metref
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La grammaire de ton absence

Absence et manque · Écriture et poésie

La grammaire de ton absence

Je t’écris dans la nuit 
où tout s’efface autour.
La vitre a recueilli 
le front pâle du jour.

Le monde disparaît 
derrière le verre noir ;
Il ne reste que l’encre 
et le tremblant espoir.

Le blanc dort sous mes doigts 
comme un linceul sans nom,
Et le manque déjà 
me dicte sa leçon.

Je te décris. 
La buée conserve ton visage ;
Ton regard y demeure 
immobile 
et sans âge.

Ton épaule apparaît 
dans un rayon mourant ;
Le pli de ton sourire 
y tremble un court instant.

Ta voix longe mes lèvres 
au bord du grand silence ;
Je dessine tes traits 
contre cette absence.

Mon trait se dérobe 
et s’enfonce dans le noir ;
Le contour boit l’ombre 
et renonce à l’espoir.

Le sourire se fend 
sous le trait de ma plume ;
Ta bouche devient plaie 
et ton regard s’enfume.

Ton visage à mes yeux 
prend le goût de la cendre ;
Je cherche encore tes traits 
que mes doigts vont défendre.

Je te décrie. 
Ton nom 
râpe au fond de ma langue ;
Le souvenir salé 
sous ma mémoire tangue.

Chaque trait de ma plume 
ouvre encore la chair ;
Et le fer du silence 
emplit tout l’air amer.

La plume crisse enfin 
sous mes doigts qui se serrent ;
Mes dents mordent le cri 
que mes lèvres resserrent.

Ma gorge se contracte 
et l’air vient à manquer ;
Un son monte, 
heurté 
que nul ne peut dompter.

Il s’accroche à ma chair 
et déchire ma voix ;
Il arrache le mot 
qui tremblait sous mes doigts.
Je te crie. 
Ma bouche 
est ouverte à la nuit.
Mon souffle se dévoie 
et mon cri la poursuit.

Il brûle dans ma gorge 
et heurte toutes mes dents ;
Puis retombe en fer froid 
sur mes lèvres tremblantes.
Silence.

Je t’inscris sous ma peau 
et jusque dans mon sang ;
Dans la mémoire obscure 
où survivent les gestes.

Tu demeures gravée 
dans mes veines secrètes,
Brûlure sans clarté 
qui veille en moi sans trêve.

Une marque respire 
au plus profond de moi ;
Le temps peut l’effacer : 
elle demeure en moi.

Je te proscris. 
Ton nom 
ne franchira mes lèvres.
Ton ombre n’entrera 
dans aucune de mes nuits.

Le verrou tombe enfin 
sur la porte du soir ;
La nuit demeure au seuil 
et je renonce au noir.

L’aube entre sans bruit 
dans la chambre déserte ;
La page est devant moi 
silencieuse et offerte.

Je regarde le blanc 
comme un ciel sans mémoire ;
La plume entre mes doigts 
demeure dans le noir.

Ma main se retire 
et revient vers le blanc.
Elle hésite un instant 
sous le poids du silence.

Puis elle écrit ton nom 
malgré toute défense.
Je t’efface en t’écrivant 
et t’écris en t’effaçant.


Djamel Metref 
At Yenni le 13 septembre 2026