La grammaire de ton absence
Je t’écris dans la nuit
où tout s’efface autour.
La vitre a recueilli
le front pâle du jour.
Le monde disparaît
derrière le verre noir ;
Il ne reste que l’encre
et le tremblant espoir.
Le blanc dort sous mes doigts
comme un linceul sans nom,
Et le manque déjà
me dicte sa leçon.
Je te décris.
La buée conserve ton visage ;
Ton regard y demeure
immobile
et sans âge.
Ton épaule apparaît
dans un rayon mourant ;
Le pli de ton sourire
y tremble un court instant.
Ta voix longe mes lèvres
au bord du grand silence ;
Je dessine tes traits
contre cette absence.
Mon trait se dérobe
et s’enfonce dans le noir ;
Le contour boit l’ombre
et renonce à l’espoir.
Le sourire se fend
sous le trait de ma plume ;
Ta bouche devient plaie
et ton regard s’enfume.
Ton visage à mes yeux
prend le goût de la cendre ;
Je cherche encore tes traits
que mes doigts vont défendre.
Je te décrie.
Ton nom
râpe au fond de ma langue ;
Le souvenir salé
sous ma mémoire tangue.
Chaque trait de ma plume
ouvre encore la chair ;
Et le fer du silence
emplit tout l’air amer.
La plume crisse enfin
sous mes doigts qui se serrent ;
Mes dents mordent le cri
que mes lèvres resserrent.
Ma gorge se contracte
et l’air vient à manquer ;
Un son monte,
heurté
que nul ne peut dompter.
Il s’accroche à ma chair
et déchire ma voix ;
Il arrache le mot
qui tremblait sous mes doigts.
Je te crie.
Ma bouche
est ouverte à la nuit.
Mon souffle se dévoie
et mon cri la poursuit.
Il brûle dans ma gorge
et heurte toutes mes dents ;
Puis retombe en fer froid
sur mes lèvres tremblantes.
Silence.
Je t’inscris sous ma peau
et jusque dans mon sang ;
Dans la mémoire obscure
où survivent les gestes.
Tu demeures gravée
dans mes veines secrètes,
Brûlure sans clarté
qui veille en moi sans trêve.
Une marque respire
au plus profond de moi ;
Le temps peut l’effacer :
elle demeure en moi.
Je te proscris.
Ton nom
ne franchira mes lèvres.
Ton ombre n’entrera
dans aucune de mes nuits.
Le verrou tombe enfin
sur la porte du soir ;
La nuit demeure au seuil
et je renonce au noir.
L’aube entre sans bruit
dans la chambre déserte ;
La page est devant moi
silencieuse et offerte.
Je regarde le blanc
comme un ciel sans mémoire ;
La plume entre mes doigts
demeure dans le noir.
Ma main se retire
et revient vers le blanc.
Elle hésite un instant
sous le poids du silence.
Puis elle écrit ton nom
malgré toute défense.
Je t’efface en t’écrivant
et t’écris en t’effaçant.
Djamel Metref
At Yenni le 13 septembre 2026
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