Les mots d’un montagnard
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La colonisation « positive »

Histoire et paix

La colonisation « positive »

Un oxymore odieux, un affront insensé,
Un mensonge criard, un passé offensé.
Qui dit colonisation, dit larmes et fers,
Dit crimes gravés dans l’écho des terres.

Ils sont venus, conquérants fiers,
Sous un drapeau levé, chargé de faux honneurs,
Promettant progrès et lumière,
Ils vinrent conquérir, en semant les terreurs.

Ils annonçaient d’étranges semences,
Dans le sillage des voiles blanches,
Voguant sur des eaux silencieuses,
Des promesses vides, des âmes trompeuses.

Sous leurs pas, un sol enchaîné,
Sous prétexte de routes, d'écoles et d'abris,
Une terre meurtrie, un peuple brisé.
Ils forgèrent des chaînes, ravageant les esprits.

Ils bâtirent des murs, mais non pour élever,
Ils tracèrent des voies, non pour libérer.
Chaque pierre posée, chaque arbre abattu,
Servait l’oppression que l’orgueil perpétue.

Les chemins tracés à la douleur,
Les rails baignés de sueur et de pleurs.
Les mains bâtirent ce qu’on ignore,
Mais nul ne rendit leurs trésors.

Les routes tracées ne sont que des chaînes,
Les ponts bâtis, des vestiges de peine.
Routes tracées sur des veines ouvertes,
Écoles dressées aux âmes désertes,

Les écoles dressées n’ont su qu’enseigner
L’art de servir et d’obéir sans broncher.
Mais qui donc apprenait, sinon quelques élus,
Tandis que tant d’autres restaient exclus ?

Les hôpitaux, masques d’une main meurtrière,
N’étaient que ruses d’une faim carnassière.
Et les lois imposées, de perfides leurres,
Divisant le sang pour régner en seigneur.

Le sol d’Afrique, riche et fier,
Fut divisé sans une prière.
Comme un festin entre convives,
Sans égard aux âmes captives.

Des terres pillées, des voix brisées,
Sous le joug lourd des oppresseurs scellées.
Car chaque empire qui sème la nuit
Engendre colère, révolte, et bruit.

Le fer et le feu, le joug et l’exil,
Des corps sous la crosse, des rêves en péril,
Des chaînes d’acier et de misère,
Des cris portés par les rivières.

Les voix des opprimés résonnaient dans les plaines,
En quête d’un espoir, malgré d’immenses peines.
Fanon, éclaireur, porta haut le flambeau,
Révélant les méandres du joug et de ses maux.

Dans l’ombre froide des batailles,
Se sont levés des fils sans failles.
Liberté gagnée, mais à quel prix ?
Quand d’autres tyrans prennent le pli…

Les voix se lèvent, les chaînes s’effacent,
Mais l’ombre demeure, gravée dans l’espace.
De Madagascar à l’Algérie,
La liberté claironnait en égérie.

Le colon, dans sa gloire, parlait de « progrès »,
Masquant d’un vernis doux la fureur des forêts.
Mais l’histoire, implacable, expose les abîmes,
Ces millions de vies fauchées par leur régime.

Que dire des bienfaits quand le sol est rougi,
Quand des peuples entiers furent meurtris, trahis ?
La justice s’élève, même tardivement,
Pour briser les mythes, pour guérir le temps.

Ô terres ravagées par les bras conquérants,
Ton cri de révolte traverse les ans.
Et si l’indépendance fut lente à éclore,
Elle signe un futur où renaît l’aurore.

L’histoire s’écrit d’encre et de sang,
À qui revient le dernier jugement ?
L’histoire s’écrit sous la plume du fort,
Mais le cri des peuples n’est jamais mort.

Les siècles passés n’ont pas tari
Les blessures que l’histoire écrit.
Et si certains louent les bienfaits,
D’autres pleurent ce qu’on leur a ôté.

Où donc est le bien dans ces ombres funèbres ?
Quel éclat brille dans ces siècles de ténèbres ?
Le passé murmure, il faut l’entendre,
Pour qu’à l’avenir, on cherche à comprendre.

Un jour viendra où la mémoire
Ne sera plus simple grimoire.
Quand la justice, enfin, saura parler,
Les ombres pourront s’apaiser.

Ainsi chantons ensemble, en brisant les fers,
L’éveil des nations et des peuples divers.
Que jamais ne s’efface l’élan d’émancipation,
Et que vivent à jamais liberté et raison.

Djamel Metref
At Yenni le 21 février 2025