Les mots d’un montagnard
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La cendre tiède

Absence et manque

La cendre tiède

Ce n’est plus le feu doux,
qui courait sous la peau
et montait à nos tempes.

Ce n’est plus le tendre délire,
ni l’élan furieux,
ni la hâte insensée
qui nous portait plus haut
Et nous rendait plus vastes.

Ce n’est plus le vertige
au bord de la parole
et des mots tremblants.

Ce n’est plus la fièvre légère,
ni la hâte fragile
qui mordait le présent
et nous rendait frivoles.

Ce n'est plus la flamme
qui dévore
Et consume,
qui brûle,
et éclaire.

Mais l'ombre minutieuse
et patiente
qui grignote,
Qui calcule
Et fume.

C’est la grise amertume
qui ronge la lumière.

C’est le plomb dans le cœur,
le silence qui déchire,
un poids sans éclat.

C’est une lente descente,
oú l’air se raréfie,
Au fond des enfers.

L’amour ne meurt pas d’un coup.
il meurt à petit feu.
Il ne crie plus.

Il s’effiloche en silence
au bord de la vaisselle,
dans la buée des vitres.

il se dissout
dans les gestes répétés,
entre deux phrases courtes
Ou deux mots prudents
qui tombent —
sans s’inscrire.

Un quotidien banal
dans l’ombre des absences
Où l’ennui nous grêle.

Il s’installe en nous
sans fracas,
sans victoire.
il ronge la mémoire.

il fait de nos souvenirs
une poussière discrète,
une matière sans ivresse.

Il polit nos voix,
et notre histoire,
émousse les promesses
et arrondit les arêtes.

Il manque ce matin,
dans le creux du lit froid,
un battement ancien,
un souffle,
une évidence,
un tremblement de toi
Qui abîme les mots
et affaiblit la voix.

Les mains se frôlent encore
mais sans mémoire du feu ;
elles cherchent par habitude
ce qu’elles savaient mieux.

C’est le désir qui trahit,
se détourne,
se dérobe
et feint l’indifférence.

Il ne claque pas la porte.
Il sort
à pas feutrés.
il regarde ailleurs
par pudeur —
ou par absence.

il cherche ailleurs peut-être
un éclat d’innocence,
la promesse érodée,
comme pierre sous la pluie.

Les gestes sont les mêmes
et exacts
mais leur source est tarie.
ils n’ont plus d’élan.

ils tombent entre nous,
lents,
dans la nappe du jour gris
comme des feuilles d’étain.

Il brûle sans lumière,
cet amour obstiné ;
il tient par habitude
plus que par vérité.

il se tait,
il se fane,
L'amour qui s'épuise,
et doucement nous damne.

A l'épreuve du langage,
les mots perdent leur chair
et s’effacent la nuit,
la belle idée vidée.

Ils sonnent,
Ils résonnent
Mais ne traversent plus.

On parle,
mais la phrase s’arrête
avant d’éclore.
elle tombe entre nous
comme un fruit qu’on ignore.

avec des mots prudents,
On parle de presque rien,
Du pain,
Du temps.

On dîne face à face,
Le jour glisse.
on évite les yeux
comme on évite le vent.

L’amour qui fait naufrage
a le goût du sel,
de la plaie refermée
et la douceur presque lisse
d’un adieu différé.

Et pourtant le cri reste le même,
immobile,
intact dans sa forme,
mais son écho se brise
et son ardeur se déforme,
dans l’air compact.

On dit « je t’aime » encore
comme on souffle sur la braise
par réflexe,
pour retarder la nuit —
pour sauver quelque chose
qui déjà se retire.
Mais rien ne s’embrase.

il ne reste plus
qu’une chaleur fragile,
une poussière rougeâtre
sur nos mains immobiles.

Juste la cendre tiède
d’un incendie passé,
un quotidien qui lasse
et le souvenir du feu
qu’on n’ose plus penser.

Et l’amour,
ce grand vide,
lentement le remplace.

sans fracas,
sans faute,
il prend toute la place
où battait notre audace.

Nous restons côte à côte
dans la chambre assombrie,
gardiens d’un feu défunt
que personne ne ravive.

Et sous nos pas distraits
craque encore la mémoire
d’un brasier magnifique
dont nous portons l’histoire.

Un feu fut là,
Immense,
Magnifique.

Il en reste
cette chaleur sans flamme
qui nous tient
et nous lasse.

Djamel Metref
Birkhadem le 8 mars 2026 à 4 h 52 du matin