La beauté de l’inutile
La poésie
est un bug
dans la langue.
Ce n’est pas une réponse.
Une seconde
où le réel
perd sa connexion.
C’est
une fissure
dans la question.
Elle surgit
entre deux notifications,
dans la lumière froide
d’un écran
qu’on regarde
sans vraiment voir.
Elle arrive
quand les mots ordinaires
ne suffisent plus.
Un mot
débranche le silence.
Un autre
fait trembler
la mémoire.
Il lui donne
un visage.
Le poème avance
sans GPS,
avec pour seule adresse
une blessure
encore ouverte.
Il ramasse
les phrases mortes
sur le bord des jours.
Le rire d’hier.
Un prénom.
Une odeur de pluie.
La porte
qui ne s’est jamais rouverte.
Tout ce que le monde
jette à la corbeille
peut devenir
matière à poème.
Quelques mots.
Un regard croisé
dans le métro.
Un message effacé
avant d’être envoyé.
Deux heures du matin
et cette question
qui refuse de dormir.
Pas davantage.
Mais parfois,
quelques mots
suffisent
à empêcher
un cœur
de tomber.
La poésie
ne répare pas
la nuit.
Elle ne console pas
la solitude.
Elle s’assoit
à côté d’elle.
Elle ne change pas
le monde.
Elle change
l’angle
depuis lequel
on le regarde.
Elle pirate
les évidences.
Elle transforme
une cicatrice
en paysage.
Elle met du vertige
dans les choses ordinaires.
Une absence
en écho.
Un silence
en musique.
Une tasse
en petit volcan
de solitude.
Une ville
en corps
qui respire mal.
Un adieu
en mémoire.
L’amour,
en signal faible
qui traverse
des kilomètres
de silence.
Un poème,
c’est une fenêtre
ouverte
dans un mur
qui prétendait
être solide.
La poésie
ne donne pas
de mode d’emploi.
Elle ne construit pas
de ponts.
Elle apprend
aux rives
à se regarder.
Elle ne possède
aucune clé.
Elle est
la porte
qui apparaît
quand on croyait
qu’il n’y en avait pas.
Et soudain,
dans le vacarme du monde,
une phrase
nous regarde
et nous reconnaît.
Alors,
à quoi sert-elle ?
À dire :
« Je suis là. »
Quand personne
ne demande.
À dire :
« Je t’aime. »
Quand la voix
tremble.
À dire :
« J’ai mal. »
Sans avoir
à crier.
Des secondes
où quelqu’un
s’arrête.
Dans un monde
qui veut tout mesurer,
tout vendre,
tout accélérer,
elle garde
quelques secondes
inutiles.
Des secondes
qui ne produisent rien.
Des secondes
qui ne rapportent rien.
Et peut-être
qu’au fond,
la poésie
ne sert à rien.
C’est justement
pour cela
qu’elle est
essentielle.
Djamel Metref
At Yenni le 22 Septembre 2026
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