Les mots d’un montagnard
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L’illégalité du dire

Écriture et poésie

L’illégalité du dire

Je suis né entre les vers extrêmes,
Où le sens saigne
Et refuse la ligne droite.

Je parle la langue du désordre
Car j’ai grandi dans la faille
Où le langage se mutile.

J’ai appris à respirer
Dans l’extrême des silences.
Chaque mot portait des chaînes,
Forgées par la peur de dire.

J’ai trouvé les mots,
Courbés dans la gorge du monde,
Sous le poids du non-dit,
Mordants leur propre cri.

Alors j’ai limé les barreaux
Avec l’os fragile du rêve,
Et je les ai libérés à mains nues,
Dans l’illégalité du dire.

Les phrases criaient sous la langue,
Exilées du monde clair,
Je les ai ouvertes une à une
Comme des portes sans clés.

J’ai écrit avec des échardes,
Parlé en éclats de loi brisée.
Chaque phrase était une émeute,
Chaque vers une tempête,
Contre l’ordre établi
Du silence dressé en loi.

Les métaphores brûlaient les mains,
Et saignaient.
Le sens refusait la paix.
Les vérités n’avaient plus de visage.

Mais le vent,
Contraire,
Tenait debout la langue
Que j’ai forcé à se souvenir
De sa colère.

À la fin,
Quand les serrures
Et les chaînes ont cédé,
Ce n’était pas la paix —
Il n’y eut ni victoire ni repos.

Il ne restait ni maître,
Ni prison,
Seulement des mots
Nés de leur propre combat,
Enfin debout,
Levés,
Insoumis d’avoir survécu,
Et libérés d’avoir été tus.

Djamel Metref
At Yenni le 13 décembre 2025