L’éternité se rappelle de nous même si l’infini ferme les yeux
Au commencement,
il n’y avait qu’un souffle —
un soupir d’étoile
égaré dans le noir.
Et de ce souffle,
un cœur s’est mis à battre,
cherchant déjà quelqu’un à aimer.
Il y a,
dans ta peau,
le goût du monde
avant le monde.
Quand je te touche,
j’entends des échos d’aurores,
comme si la lumière,
elle-même,
avait gardé ta forme.
Et puis vient ce silence,
pas celui du vide —
non,
celui qui écoute encore.
Nous sommes nés
de cette quête-là :
poussières de lumière
et d’oubli,
mêlant la peur de disparaître
au vertige d’exister.
Nos souffles s’accordent —
un langage d’ombre
et de feu,
où chaque silence est un vers,
chaque baiser,
un serment ancien.
Les âmes fatiguées s’y déposent,
comme des oiseaux sur la mer,
après un long voyage.
Chaque regard que l’on croise
est une ancienne promesse
qu’on se rappelle à peine.
Chaque amour,
une réminiscence,
chaque larme,
une prière qui se souvient.
Je crois que nos âmes
se connaissaient
bien avant nos prénoms,
peut-être
dans un rêve d’univers
où l’amour apprenait
encore à parler.
Je ne sais plus si c’est toi
ou moi qui respire,
ou si c’est simplement le monde
qui,
à travers nous,
recommence à battre.
Tu vois,
même les galaxies
vieillissent en silence,
mais leur lumière
continue de marcher,
comme une lettre d’amour en retard
vers un destin qui lit encore.
Ton regard —
il ne me voit pas,
il me traverse,
il reconnaît
ce que j’ai perdu,
et m’invite à renaître
dans ses reflets.
Nos vies —
de simples étincelles
dans l’éternité,
mais assez brillantes
pour qu’une étoile
nous reconnaisse,
là-haut,
et murmure :
“regarde,
ils s’aiment encore.”
Et si la mort n’était
qu’un retour à la source,
un grand “je t’aime”
murmurant à l’infini ?
Alors nos âmes,
au lieu de s’effacer,
danseraient
dans les brumes du temps,
se cherchant encore,
se retrouvant toujours.
Nos doigts tremblent
d’une mémoire oubliée,
celle des étoiles avant la chute,
celle du tout premier “nous” —
avant les corps,
avant le temps.
Rien n’aura été vain,
pas même les larmes,
pas même les adieux.
Car rien de beau
ne s’éteint vraiment.
Tout ce qui a été sincère demeure —
dans la mémoire secrète des étoiles,
là où l’éternité se souvient de nous.
Et quand la nuit s’endort
sur nos cœurs battants,
le monde pourrait s’effondrer
mille fois encore,
que ton souffle,
sur ma peau,
me rappellerait qu’il existe
quelque chose
de plus fort que la fin.
Car tout ce qui s’est aimé
revient toujours,
sous une forme nouvelle :
un sourire,
un parfum,
un matin.
Et lorsque l’univers
s’éteindra doucement,
je sais qu’il restera,
quelque part,
le souvenir
de nos deux âmes mêlées,
continuant de dire,
dans la langue des astres :
Nous étions vivants.
Et c’était déjà l’éternité.
Djamel Metref
At Yenni le 9 novembre 2025
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