Les mots d’un montagnard
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L’écrit vain, écrit main

Écriture et poésie

L’écrit vain, écrit main

J’écris sans machine.
Juste l’encre,
Mes doigts,
Et la peau du papier
Qui garde mes silences.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Chaque mot s’arrache,
Chaque ligne respire.
L’encre saigne,
Elle hésite,
Elle déborde parfois,
Comme une pensée
Qui ne sait plus où aller.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Le papier m’écoute à peine.
Il garde mes traces,
Mes ratures,
Mes cicatrices d’encre.
Rien n’est propre.
Rien n’est parfait.
Mais tout est vrai.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Le geste précède le sens.
Je trace,
Je gratte,
Je tombe,
Je me relève.
Pas d’écran,
Pas de touche “effacer”,
Juste la lenteur du souffle
Qui s’inscrit dans la fibre du monde.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

J’écris pour retenir le vent,
Mais le vent ne s’écrit pas.
Il passe,
Me traverse,
Et s’en va.
Alors j’écris encore,
Pour rien,
Pour sentir le rien,
Pour entendre
Dans le mot qui s’effrite
La respiration du silence.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

L’écrit est vain,
Je le sais —
Mais dans sa défaite,
Quelque chose brûle :
Une cendre,
Un battement,
Une preuve d’existence.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Je n’efface pas mes fautes,
Je les laisse vivre.
Mes erreurs me ressemblent.
Mes ratures me parlent plus vrai
Que mes phrases droites.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Quand d’autres copient,
Moi,
Je signe.
Quand d’autres effacent,
Moi,
Je grave.
Chaque ligne est un pas,
Chaque lettre,
Une lutte,
Chaque mot,
Une trace de sang séché.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Le soir,
La lampe éclaire
Mes doigts tachés d’encre.
Ils tremblent,
Fatigués,
Mais debout.
Fatigués de porter
Ce que je n’ose dire autrement.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Je marche contre la vitesse,
Contre la facilité,
Contre l’oubli.
Et même si mes mots
Ne sauvent personne,
Ils me sauvent,
Moi.
Ils me rappellent
Que j’existe,
Que je résiste,
Que je vis encore
Tant que ma main tremble.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

J’écris main nue,
Sans filtre,
Sans écran.
Mes phrases
Ont des traces de peau,
Mes ratures
Sont mes empreintes.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Chaque page
Garde un peu de moi,
Ma fatigue,
Mes fièvres,
Mes élans retenus.
Quand le silence tombe,
Le papier respire encore.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Écrire n’est pas sauver,
Ni vaincre,
Ni plaire.
C’est persister.
C’est inscrire le souffle
Dans la matière du monde.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Tant que ma main écrit,
Je suis vivant.
Et si un jour elle se brise,
Mes mots,
Eux,
Resteront —
Traces fragiles,
Bribes d’un feu
Que le vent n’a pas
Tout à fait éteint.

Je suis l’écrit vain, écrit main.

Mais j’écris.

Djamel Metref
At Yenni le 25 octobre 2025