L’amour, parlons-en !
Il était une fois —
ou peut-être maintenant —
un battement de toi
dans ma phrase,
une hésitation douce
entre deux silences,
comme un pas
qui ne sait plus revenir.
Il y avait toi.
Et déjà le monde hésitait.
Je commence par toi
comme on commence une prière,
sans savoir
si quelqu’un écoute,
mais avec la certitude étrange
que le silence porte ton visage.
On aurait pu écrire
cela proprement,
en vers réguliers,
en rimes sages,
comme une porte
bien fermée sur le cœur.
L’amour, parlons-en !
Oui —
mais doucement,
Comme on entrouvre
une fenêtre à l’aube,
Sans brusquer la lumière,
Sans effrayer le silence.
Mais l’amour
n’entre pas dans les formes —
il les traverse.
Quand ton regard
effleure encore ma nuit,
Il y dépose un feu
que rien n’altère,
Un doux éclat,
fragile
et nécessaire,
Qui fait chanter l’ombre
où mon âme fuit.
Je t’aime :
phrase simple,
trop simple
pour contenir l’univers.
je t’aime,
comme une erreur magnifique
dans la grammaire du réel.
Je t’aime,
comme on tombe
sans comprendre,
comme une ville
qui s’éclaire à minuit,
brusquement,
sans raison,
dans le cœur
d’un passant distrait.
Et puis tout se dédouble :
Je t’aime,
Et déjà cela déborde du vers,
ça casse la rime,
ça brûle la marge,
ça refuse d’être rangé
dans une forme.
Dans une version classique,
Je te dirai :
Ô toi,
douce clarté
de mes nuits sans étoiles,
dont le regard défait
mes saisons intérieures
…
Il faudrait des règles ?
des rimes bien fermées ?
des alexandrins polis
comme des couloirs anciens ?
… mais tu refuses
les palais du langage.
Dans une version moderne,
tu arrives sans prévenir
tu restes dans mes silences
tu pars dans mes pensées
les plus bruyantes.
L’amour, parlons-en !
Comme d’un feu discret,
Qui ne brûle pas —
Mais veille.
Une braise
sous la peau du monde.
Dans une version
que je n’avoue pas,
tu fais mal
et je reviens quand même.
L’amour est-il
ce vertige infini
Qui nous élève
et pourtant nous enchaîne ?
Ou bien ce vent
qui caresse
et nous mène
Vers des rivages
où l’on s’est perdu ?
Il faudrait choisir une langue,
mais je les parle toutes mal
quand il s’agit de toi.
Et pourtant,
je t’écris
en vers sages,
comme si l’amour obéissait
aux règles,
aux quatorze lignes
d’un destin trop propre
pour contenir
le chaos de ton nom.
Parfois tu es un sonnet
fermé sur lui-même,
parfois un vers libre
qui saigne sur la page,
parfois même rien —
juste une absence qui insiste.
J’essaie :
quatorze lignes
pour contenir l’infini,
des alexandrins
pour dompter le vertige,
mais ton nom s’échappe,
insolent,
indocile,
vivant.
Alors j’écris autrement.
C’est un mot trop vaste,
tu sais,
Il déborde des lèvres,
Il se perd entre les regards
Et se retrouve
dans un geste minuscule.
Aimer,
c’est peut-être ça :
une architecture
qui s’effondre en continu
et qu’on continue
d’habiter quand même.
Je t’aime ainsi,
dans le doute
et la flamme,
Dans les silences
où tremble ma voix,
Dans chaque instant
qui s’efface
et s’enclame.
Je te retrouve
dans des lieux absurdes :
une lumière sur un mur,
une phrase interrompue,
le bruit d’un train
qui part sans moi.
Tu es douceur
et fracture à la fois,
un été qui brûle
et une pluie qui sauve,
une promesse
qu’on n’ose tenir
de peur
qu’elle devienne vérité.
Et dans ces instants minuscules,
tout devient clair
et impossible à la fois :
Tu es la pluie
sur mes certitudes,
le soleil
sur mes doutes,
une contradiction
qui respire
et me rend plus humain
que je ne voulais l’être.
tu n’es pas une personne seulement,
tu es une manière
de dérégler le monde
pour qu’il ressemble enfin
à ce que je ressens.
je t’aime,
en minuscules tremblées
comme une vérité
qu’on n’ose pas crier.
L’amour, parlons-en !
Sans promesses tonitruantes,
Sans ces serments
qui tremblent trop fort.
Plutôt comme deux mains
qui se cherchent
Et se trouvent —
enfin —
sans bruit.
Car aimer,
vois-tu,
c’est mourir parfois
Pour renaître au creux
d’une même âme,
Et croire au ciel
en se perdant en toi.
Aimer,
c’est perdre
un peu de soi
dans le miroir
de l’autre,
c’est croire
que le vide est plein
quand ton absence respire
encore dans mes mains.
Aimer,
c’est peut-être ça :
se perdre sans accident,
choisir la chute
comme on choisit une lumière,
et sourire en tombant.
Et pourtant,
parfois,
ça devient grandiose :
ton nom s’ouvre
comme une cathédrale
dans ma poitrine,
et j’y perds mes repères,
mes saisons,
mes raisons.
Car l’amour n’est peut-être
que cela :
Une présence qui persiste,
Une absence qui appelle,
Et entre les deux
…
Un battement fragile
que l’on choisit
de croire éternel.
Alors je t’invente,
je te rêve,
je te fuis,
je te retrouve
dans chaque silence,
et je comprends enfin
ceci :
l’amour n’est pas
une forme
…
mais une déformation
du réel
qui nous apprend
à vivre autrement.
Je te cherche
dans les choses simples :
le bruit d’une rue,
une tasse oubliée,
un mot qui tremble
au bord de ma gorge.
Alors je ferme les yeux,
je respire ton nom
sans le dire.
Et je comprends,
sans vraiment comprendre :
l’amour n’est
ni ordre
ni chaos,
ni raison
ni folie,
mais un déséquilibre
magnifique
où l’on accepte
de ne plus être entier
pour devenir deux.
Aimer,
c’est apprendre
une langue étrangère
sans dictionnaire,
sans promesse de traduction,
juste avec le cœur
qui improvise.
Je te retrouve
partout où tu n’es pas :
dans l’ombre d’un rire inconnu,
dans la fatigue du soir,
dans le vide précis
entre deux pensées.
Et puis
il y a ces instants —
rares —
où tout devient simple :
tu es là,
même absente,
et ça suffit
à tenir debout.
Mais rien ne tient vraiment.
Tout glisse,
tout revient,
tout recommence :
le classique
essaie de t’enfermer,
le moderne
te libère,
et moi
je reste entre les deux,
amoureux désaccordé
d’un amour
impossible à accorder.
Djamel Metref
At Yenni le 22 Mars 2026
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