Les mots d’un montagnard
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Je suis Gaza

Histoire et paix

Je suis Gaza

Écoutez-moi.
Ne détournez pas les yeux.
Ne baissez pas la tête.

Je suis la poussière et le cri,
Le sable brûlé,
La mer qui frappe les rochers
Sans jamais s’arrêter.

La poussière.
Le cri.
Le sang dans les rues.

Je suis Gaza.
Je suis la poussière qui colle aux lèvres.
Je suis le cri qui déchire la nuit.
Je suis l’odeur du sang dans les ruelles.

Je suis le souffle coupé de l’aube,
L’odeur du sang qui s’accroche aux murs,
Les jouets couverts de poussière.

Je suis
L’aube étranglée.

Je suis l’enfant qui compte les bombes
Au lieu des étoiles.
Je suis la mère
Qui cache ses larmes derrière ses mains fendues.

Je suis l’enfant qui compte les bombes
Au lieu de compter les étoiles.
L’enfant qui grandit
Sans savoir ce que veut dire « demain ».

Je suis l’enfant qui n’a plus de nom,
Seulement un numéro sur une liste de morts,
Une photo froissée dans une poche déchirée.
Je suis la fille qui apprend à courir avant de marcher,
Pour fuir les éclats de métal.
Je suis le vieillard qui serre une clé rouillée,
Dernier vestige d’une maison
Que l’on a rasée cent fois déjà.

L’enfant sans nom.
Numéro sur une liste.
Photo froissée.

La fille qui court
Avant de marcher.

Le vieillard
Avec une clé rouillée.

Je suis le béton fendu
Qui abrite encore des voix,
La fumée qui s’élève
Mais ne couvre pas le soleil rouge du soir.
Je suis la mère qui berce un corps inerte
En murmurant des prières que le ciel n’entend plus.
Je suis la faim, la soif,
La peau qui se colle aux os.
Je suis la nuit sans électricité,
Où les bombes sont les seules étoiles.

La mère
Qui serre un corps
Encore chaud.
La nuit noire
Sans électricité.
Les bombes
Comme étoiles.

Je suis la mère
Qui berce un corps immobile
Jusqu’à ce que ses bras lâchent.

Je suis la faim qui ne plie pas,
La soif qui garde la bouche ouverte
Pour dire encore « je vis ».

Je suis la faim.
La soif.
Les os sous la peau.

Je suis la faim qui ronge.
La soif qui brûle.
La maladie qui rôde.
Et la peur… la peur qui n’a plus d’issue.

Et vous, là-bas,
Dans vos fauteuils capitonnés,
Vous qui comptez les profits,
Vous qui calculez les alliances,
Vous qui applaudissez le bourreau
Qui était votre victime hier,
Que voyez-vous de moi ?
Rien.
Ou plutôt : tout… mais vous détournez le regard.

Et vous,
Assis loin d’ici,
Vous comptez,
Vous calculez,
Vous applaudissez
Le bourreau d’aujourd’hui
Parce qu’hier
Il fut victime.

Et vous…
Vous qui m’écoutez…
Vous, là-bas,
Dans vos palais,
Vos parlements,
Vos studios de télévision…

Je suis Gaza.
Un nom que l’on prononce
Comme un serment,
Ou comme une plaie
Qu’aucun silence ne referme.

Vous me voyez mourir en direct.
Et vous parlez de « conflit »,
De « riposte »,
De « droit à se défendre ».

Je suis Gaza,
prison à ciel ouvert,
laboratoire de la mort moderne,
terrain d’entraînement pour armes « intelligentes »
qui savent trouver un bébé dans les bras de sa mère.

Je suis Gaza.
Prison à ciel ouvert.
Laboratoire de mort.
Terrain d’essai
Pour armes intelligentes
Qui trouvent un bébé
Dans les bras de sa mère.

Moi, je n’ai pas d’armée.
Pas d’avions.
Pas de boucliers.
Seulement des enfants.
Seulement des corps.

Et vous, puissances de l’Occident,
qui prêchez les droits humains quand ils servent vos intérêts,
vous me condamnez avec vos vetos,
vous m’étranglez avec vos sanctions sélectives,
vous me tuez avec vos silences complices.

Vous,
Occident,
Avec vos droits humains
À géométrie variable,
Vos vetos,
Vos silences complices.

Occident,
Tu prêches la justice,
Tu vends la mort.
Tu fais des minutes de silence
Pendant que tes usines tournent
Pour fournir les bombes qui m’écrasent.

Et vous, monarchies grasses de l’Orient,
assis sur vos trônes dorés,
vous parlez d’honneur mais vous vendez vos frères
contre des contrats et des promesses creuses.
Vous baissez la tête,
non par humilité,
mais par lâcheté.

Vous,
Orient,
Avec vos trônes gras,
Vos prières creuses,
Vos contrats vendus
Contre mon sang.

Orient,
Tu cries à la fraternité,
Mais tu signes des accords dans l’ombre.
Tu me trahis pour un siège,
Pour un contrat,
Pour une photo avec un bourreau.

Je suis Gaza,
peuple pris en otage,
peuple qu’on condamne à mourir
sous les balles, sous les bombes,
de faim, de soif, de maladies,
dans l’indifférence planétaire.

Je suis Gaza.
Peuple pris en otage.
Condamné à mourir
Sous balles,
Sous bombes,
De faim,
De maladies.

Et vous tous,
Qui restez immobiles,
Vous êtes là.
Partout où tombe une bombe,
Vous êtes là.
Dans chaque cri,
Chaque pierre,
Chaque goutte de sang…
Vous êtes là.

Je suis Gaza,
et tant que je respire,
même dans les ruines,
même dans le noir,
je crie.
Pour que personne ne puisse dire :
« Je ne savais pas. »

Je crie.
Encore.
Et encore.
Pour que personne
Ne dise un jour :
« Je ne savais pas. »

Je suis Gaza.
Et tant que ma voix existe,
Même au milieu des ruines,
Même au bord du silence,
Je dirai ces mots :
« Vous ne pourrez jamais dire :
Je ne savais pas. »

Djamel Metref
At Yenni le 16 août 2025