Les mots d’un montagnard
Les lumières d’un village et une lune brillante dans la nuit.
Photographie © Djamel Metref
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Je crie ton nom

Amour et désir · Absence et manque

Je crie ton nom

Je murmure ton nom
comme on entrouvre une porte
sur une chambre 
où dort encore le feu.
                  Je crie ton nom
dans le silence des nuits,
Quand l’ombre lentement 
sur mes paupières glisse,
À peine trois syllabes,
et déjà quelque chose 
en moi se soulève,
Quand mon cœur, 
prisonnier 
de ses anciens ennuis,
Cherche encore 
ta lumière 
au bord du précipice,
quelque chose 
que je croyais mort
sous les longues années 
du silence.
                  Je crie ton nom
quand le monde s’endort,
Comme un dernier aveu 
confié aux étoiles.
                  Je crie ton nom
plus fort,
Et ta présence absente 
habite encore
Chaque battement secret 
derrière mon voile.
                  Je crie ton nom
au vent qui me répond,
À la mer qui l’emporte 
et le rend à mes lèvres ;
Il traverse mes nuits
comme une lame 
dans le velours,
réveille les chambres 
oubliées de mon sang,
Ton nom devient prière, 
vertige 
et abandon,
Une flamme obstinée 
qui renaît sous mes cendres,
Et fait trembler les murs
où j’avais enfermé 
mes désirs.
                  Je crie ton nom
et soudain tout s’efface :
Le temps, 
les interdits, 
les chemins parcourus.
Ton nom 
n’est plus un nom.
C’est une blessure 
qui respire.
Il ne reste de nous 
qu’une brûlante trace,
Un désir sans sommeil 
qui refuse d’être tu.
Une source noire
jaillissant sous la pierre.
                  Je crie ton nom
non pour te retenir,
Mais parce qu’il résonne 
au plus profond de moi ;
Je le lance au vent —
et le vent me le rapporte,
chargé de ton absence.
Il suffit de le dire 
pour encore ressentir
Ce que mon cœur croyait 
avoir perdu de toi.
Je le confie à la nuit —
et la nuit devient 
trop étroite
pour contenir tout 
ce que tu réveilles.
Alors je crie.
                  Je crie ton nom
comme si ma voix 
pouvait franchir 
la distance,
déchirer les heures,
arracher au silence
la part de toi 
qu’il me refuse.
                  Je crie ton nom
jusqu’à sentir
ma propre voix 
se briser
contre les falaises 
de ton absence.
Et dans ce cri,
je ne sais plus 
ce qui brûle :
ton souvenir,
mon désir,
ou cette étrange 
faim de vivre
qui porte désormais 
ton visage.
                  Je crie ton nom
jusqu’à ce qu’il devienne
plus vaste 
que ma bouche,
plus profond 
que ma mémoire,
plus ancien 
que mes regrets.
                  Je crie ton nom
jusqu’à perdre 
mon souffle,
jusqu’à n’être plus
qu’une syllabe 
dans la nuit,

qu’un battement,
qu’un appel 
sans rive.

Et lorsque enfin 
ma voix se tait,
quelque chose
demeure.

Pas toi.
Ton écho.

Il s’attarde 
dans mes veines,
descend lentement 
vers mon cœur
et frappe encore.

Alors, 
dans le dernier silence,
là où personne 
ne peut m’entendre,
je recommence.

Et lorsque viendra l’aube, 
pâle 
et incertaine,
Je tairai ta présence 
au milieu des vivants.

Mais mon âme, 
en secret, 
répétera sans haine
Ton nom… 
ton doux nom… 
jusqu’au dernier instant.
Je murmure ton nom,
Et tout recommence.

Djamel Metref 
At Yenni le 9 septembre 2026