J'arrose les lauriers roses
J'arrose les lauriers roses,
Comme on ravive
un feu mourant,
Comme on veille
un bonheur défunt,
À l'heure où le jour se repose.
Ce n'est plus un jardin.
C'est un lieu où la mémoire
a choisi de prendre racine.
L'eau tombe
en lentes métamorphoses
Et glisse sur la terre,
comme si elle connaissait
le chemin des absents.
Comme une prière légère,
Sur le silence des instants,
Elle dessine,
en secrètes proses,
Les cicatrices du jardin.
Chaque feuille
accueille la lumière,
Chaque fleur
défie la poussière,
Mais mon regard
connaît l'hiver.
Les fleurs ne me parlent pas.
Elles persistent.
C'est peut-être cela,
le courage :
continuer d'éclore
sans attendre personne.
Le soleil brûle les mémoires,
Les fleurs s'obstinent à fleurir.
Je porte en moi tant d'histoires
Qui n'ont jamais su revenir.
Je me souviens
de voix devenues silence,
de mains effacées,
de regards que le temps a dispersés
comme des graines dans le vent.
Il est des jardins qui prospèrent
Quand les cœurs demeurent déserts.
Sous le ciel d'un été brûlant,
La vie persiste doucement.
Le silence est ma seule arme
Contre l'absence qui me suit.
J'arrose aussi
mes espérances,
Mes souvenirs,
mes impatiences.
Car les jardins,
comme les cœurs,
Ont soif de gestes
et de douceur.
Chaque goutte est une larme
Que la terre reçoit sans bruit
Et les recueille toutes,
sans jamais en laisser
déborder une seule.
Elle réveille
une absence,
Emporte
un visage,
Une parole,
un lendemain.
Les lauriers ne savent pas
Pourquoi mes mains
tremblent encore.
Ils boivent l'eau,
j'avale le froid
D'un cœur
qui lentement s'endort.
Je reste là,
à regarder l'eau disparaître
dans l'ombre des racines.
Le vent feuillette les feuillages
Comme un vieux livre
entre mes mains.
Je comprends peu à peu
que la solitude n'est pas le vide.
C'est une présence
qui ne porte plus de visage.
Pourtant,
demain,
dès l'aube claire,
Je reviendrai
sans rien demander.
Car aimer,
c'est parfois se taire
Et continuer d'arroser.
Alors j'arrose encore.
Non pour sauver les fleurs.
Mais pour empêcher l'oubli
de devenir poussière.
J'arrose ce qui veut survivre,
Ce que le temps n'a pu briser.
Les lauriers m'apprennent à vivre,
En acceptant de tout laisser.
Et,
dans le frémissement
des lauriers roses,
il me semble parfois
qu'une mémoire
respire encore,
si discrètement
qu'il faut le silence
pour l'entendre.
Même lorsqu'aucune saison
Ne promet le retour des roses,
Je confie à leur floraison
Le peu d'espoir que je dépose.
Et lorsque le soir vient éclore,
Et que le crépuscule efface
Les couleurs du jardin tranquille,
Les lauriers roses chantent encore.
Dans leur parfum,
je crois entendre
La promesse des jours à attendre.
Je comprends que la plus belle trace
Est celle d'une âme fragile.
Djamel Metref
Tissirt Mena3 le 5 juillet 2026

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