Les mots d’un montagnard
Les silhouettes floues des arbres devant un ciel rose et violet au crépuscule.
Photographie © Djamel Metref
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Ivre amour

Amour et désir

Ivre amour 

Buvons, 
puisque l’amour
Ne connaît pas 
d’autre mesure,

Buvons 
sans chercher le jour
Au fond 
de nos blessures.

Je te parles d’absinthe,
De nuits qui brûlent
Et de cœurs 
qui sombrent
Dans les eaux froides 
des mots.

Mais moi,
Je n’ai nul besoin 
d’alcool
Pour perdre 
la raison.

Ton regard suffit.
Lorsque j’entends 
ce « je t’aime »
Qui traverse mes veines

Comme une lumière ivre
Il renverse en moi
Tout ce que je croyais solide.

Je suis un bateau ivre,
Tu es,
La mer 
où je dérives,

Celle 
qui ne demande pas
Où je vais,
Mais qui m’emporte
Encore 
et encore.

Et si 
nous devons sombrer,
Que ce soit ensemble,
Loin des quais,

Loin des hommes 
raisonnables,
Loin de ceux 
qui savent aimer
Sans jamais 
se perdre.

Je veux cette folie-là.
Celle 
qui fait trembler les mains,
Celle 
qui met du vertige
Dans les silences,
Celle 
qui transforme 
un simple baiser
En éternité.

A certains leurs pluies,
A d’autres leurs enfers,
Leurs alcools, 
leurs blessures,
Leurs voyelles en feu.

Nous,
Nous aurons 
nos propres tempêtes.

Nous écrirons 
avec nos corps
Ce qu’aucun poème
N’osera dire.

Et lorsque viendra le matin,
Si l’absinthe s’évapore,
Si les violons se taisent,
Si les fantômes regagnent
Les eaux noires du fleuve,

Il restera ton « je t’aime ».
Et le mien.
Deux mots seulement.

Mais assez puissants
Pour rendre jaloux
Tous les poètes morts.

Alors verse encore.
Pas dans le verre.
Dans mon cœur.

Que je m’enivre de toi
Jusqu’à ne plus savoir
Si je t’aime

Ou si je suis devenu
Le poème
Que ton amour
A bien voulu écrire.

Djamel Metref 
At Yenni le 31 Août 2026