Insomnie djurdjurassique
Je ne dors pas
dans les bras massifs du Djurdjura.
La montagne est là,
immense bête couchée sous la lune,
et moi je veille
dans une maison au pied d’une colline oubliée
comme une pensée fragile.
Le vent descend des crêtes,
il glisse sur les pierres,
siffle entre les tuiles,
et vient fouiller ma poitrine
comme pour y chercher un feu éteint.
Je ferme les yeux —
mais derrière mes paupières
se dressent des sommets.
Roches blanches, arêtes dures,
neige ancienne accrochée aux silences.
Le Djurdjura ne dort pas non plus.
Je le sens respirer dans la nuit,
lentement, profondément,
comme s’il portait le poids
de siècles entassés dans ses plis.
Moi, je ne porte qu’une insomnie
et pourtant elle m’écrase.
Un chien aboie dans le village,
un écho lui répond,
puis plus rien —
seulement le battement obstiné de mon cœur
contre les parois du silence.
Je me lève.
J’ouvre la fenêtre.
Les étoiles semblent plus proches ici,
presque à portée de main.
Elles brillent au-dessus des crêtes
comme des braises froides
dans un foyer immense.
Je voudrais dormir
comme dorment les pierres,
comme dorment les oliviers tordus,
comme dorment les sources sous la terre.
Mais quelque chose en moi
reste debout,
aussi rigide qu’un sommet.
Alors je reste là,
face au massif noir,
à partager avec lui
cette veille ancienne,
cette insomnie
taillée dans la roche.
Djamel Metref
At Yenni le 12 février 2024 1 h 10
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