Les mots d’un montagnard
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Fragments de résistance

Résilience et espoir

Fragments de résistance

Je n’ai pas appris à hurler.
J’ai appris à tenir.
À tenir dans les files d’attente,
dans les marges,
dans les phrases qu’on ne finit pas.

Il y a des jours où le ciel se penche
Comme un vieil ami fatigué,
Des nuits où la lune
Regarde nos ruines avec tendresse,
Et des matins où la lumière doute,
où même le soleil a l’air
de chercher sa route.

Le monde aime les gestes larges.
Il aime les vainqueurs visibles,
les voix sûres d’elles-mêmes,
les drapeaux bien repassés.

Alors que moi,
je marche,
sans savoir vers quoi,
mais contre tout ce qui éteint.
L’amour me suit à distance,
comme un chien perdu
qui se souvient du goût des mains.

Moi,
J’avance avec les mains vides
et les poches pleines de fatigue.
J’avance quand même.
Personne n’écrit mon nom sur les murs.

Personne ne filme la lenteur de mes pas.
Pourtant,
chaque jour,
quelque chose résiste.

Un regard qui ne baisse pas.
Une dignité minuscule.
Un refus sans témoin.

L’amour ne parle pas,
mais il reste là,
silencieux,
têtu,
comme une promesse
qu’on n’a jamais osé dire.

L’amour,
C’est cette lumière bancale
Qui s’obstine à danser
Même quand le vent gifle.
C’est une main trouvée dans la foule,
Un silence partagé au bord du vacarme,
Un mot simple
Qui efface mille blessures.

La solitude,
Elle,
ne part jamais vraiment.
Elle se cache dans les plis du temps,
Dans les verres vides,
Dans les matins trop nets.
Mais je l’écoute respirer,
Et parfois je l’apprivoise.

La solitude me parle aussi.
Elle me dit :
“Reste un peu,
je ne suis pas ton ennemie.”
Et dans le vide de sa voix,
je trouve une forme de paix —
rugueuse, mais vraie.

La politique commence peut-être ici :
dans le choix de ne pas devenir dur.
Dans la décision fragile
de rester humain
quand tout invite à l’oubli.

J’ai vu des corps fatigués
porter plus de justice que mille discours.
J’ai vu des silences
plus courageux que des slogans.

J’ai marché dans des villes sans nom,
Le béton battant comme un cœur trop sec.
Les visages passaient,
Éteints,
Pressés de survivre.
Mais parfois un regard s’ouvrait,
Clair comme une source —
Et tout reprenait sens.

Dans la ville,
tout tremble.
Les murs respirent la fatigue,
les néons se battent avec la nuit.
Les gens se croisent sans se voir,
et pourtant —
dans un regard,
une seconde,
on sent le monde revenir entier.

Nous sommes faits
de ces gestes invisibles.
De ces vies
qui ne font pas de bruit
mais qui empêchent le monde
de s’effondrer tout à fait.

Si je parle aujourd’hui,
ce n’est pas pour expliquer.
C’est pour rester.
Rester du côté de celles
et ceux qui marchent à contre-vent
sans jamais se retourner.

La mémoire…
Ah,
cette vieille incendiaire.
Elle garde tout :
Le rire d’un été,
L’odeur du pain chaud,
Le goût salé d’un adieu.

La mémoire invente
même ce qu’on a perdu,
Par bonté ou par ruse.
Je me souviens.
Toujours.
Des rires jetés au vent,
des saisons qu’on croyait éternelles,
de ce goût d’enfance
qu’on traîne dans la bouche
quand tout le reste a rouillé.

La mémoire,
c’est un feu sous la peau :
ça éclaire,
ça brûle,
et ça refuse de mourir.

Tenir,
ce n’est pas céder.
C’est habiter le temps autrement.
C’est refuser la disparition.

La nature,
elle,
regarde sans juger.
Les arbres savent.
Les rivières pardonnent.
Elles connaissent le secret de recommencer
sans jamais poser de questions.

Et puis il y a la révolte —
celle qui ne porte pas de drapeau,
celle qui commence
dans les gestes minuscules :
ramasser,
réparer,
écouter,
refuser de haïr.

Et la révolte gronde,
Pas celle des cris —
Celle des gestes simples :
Planter un arbre,
Refuser la peur,
Aimer quand tout s’écroule.
C’est là que commence
la résistance.

C’est ça,
se lever.
Pas pour crier plus fort,
mais pour tenir debout dans le vent.

Le temps,
lui,
glisse.
Il file sans explication.
Il passe sur nos visages
Comme une main distraite.
Il efface nos traces et nos certitudes,
mais il laisse derrière des étincelles :
un mot écrit,
un regard donné,
un rêve qui refuse de s’éteindre.

Mais parfois,
Il s’arrête.
Juste un instant.
Et dans cet instant
suspendu,
Tout devient clair :
Nous sommes faits de passage,
Mais aussi de feu.

Alors j’écris.
Pour ne pas disparaître.
Pour laisser,
quelque part,
Une trace de ce qui brûle encore —
Dans l’amour,
Dans la solitude,
Dans la révolte,
Dans la mémoire,
Dans la ville,
Dans la nature,
Dans le temps.

Moi,
je continue d’écrire.
Pas pour comprendre,
mais pour toucher un peu de vérité
avant que tout ne passe.

Parce que tout passe,
oui —
mais tout ne meurt pas.
Ce qui aime,
ce qui se souvient,
ce qui se révolte,
ce qui espère —
ça reste.
Même quand la voix tremble,
même quand la nuit s’allonge.

Ce qui tient debout dans le vent,
c’est nous.
Tout ce qui brûle reste.

Djamel Metref
At Yenni le 21 Janvier 2026