Les mots d’un montagnard
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Fragments de résistance

Résilience et espoir

Fragments de résistance

Il y a des jours où
le ciel se penche
Comme un vieil ami
fatigué,
Des nuits où la lune
Regarde nos ruines
avec tendresse,
Et des matins où
la lumière doute,
où même le soleil
a l’air de chercher
sa route.
Alors je marche,
sans savoir
vers quoi,
mais contre tout
ce qui éteint.

L’amour me suit
à distance,
comme un chien
perdu
qui se souvient
du goût des mains.
Il ne parle pas,
mais il reste là,
silencieux,
têtu,
comme une promesse
qu’on n’a jamais osé dire.
L’amour,
C’est cette lumière bancale
Qui s’obstine à danser
Même quand le vent gifle.
C’est une main trouvée
dans la foule,
Un silence partagé
au bord du vacarme,
Un mot simple
Qui efface mille blessures.

La solitude,
Elle, ne part jamais
vraiment.
Elle se cache
dans les plis du temps,
Dans les verres vides,
Dans les matins trop nets.
Mais je l’écoute respirer,
Et parfois je l’apprivoise.
Elle me parle aussi.
Elle me dit :
“Reste un peu,
je ne suis pas ton ennemie.”
Et dans le vide de sa voix,
je trouve une forme de paix —
rugueuse,
mais vraie.

J’ai marché dans
des villes sans nom,
Le béton battant
comme un cœur trop sec.
Les visages passaient,
Éteints,
Pressés de survivre.
Mais parfois
un regard s’ouvrait,
Clair comme une source —
Et tout reprenait sens.
Dans la ville,
tout tremble.
Les murs respirent la fatigue,
les néons se battent avec la nuit.
Les gens se croisent sans se voir,
et pourtant —
dans un regard, une seconde,
on sent le monde revenir entier.

La mémoire…
Ah,
cette vieille incendiaire.
Elle garde tout :
Le rire d’un été,
L’odeur du pain chaud,
Le goût salé d’un adieu.
Elle invente même
ce qu’on a perdu,
Par bonté
ou par ruse.
Je me souviens.
Toujours.
Des rires jetés au vent,
des saisons
qu’on croyait éternelles,
de ce goût d’enfance
qu’on traîne dans la bouche
quand tout le reste a rouillé.
La mémoire,
c’est un feu sous la peau :
ça éclaire,
ça brûle,
et ça refuse de mourir.

La nature,
elle,
regarde sans juger.
Les arbres savent.
Les rivières pardonnent.
Elles connaissent le secret de recommencer
sans jamais poser de questions.

Et puis il y a la révolte —
celle qui ne porte pas
de drapeau,
celle qui commence
dans les gestes minuscules :
ramasser,
réparer,
écouter,
refuser de haïr.
C’est ça,
se lever.
Pas pour crier
plus fort,
mais pour tenir
debout dans le vent.
Et la révolte gronde,
Pas celle des cris —
Celle des gestes simples :
Planter un arbre,
Refuser la peur,
Aimer quand tout s’écroule.
C’est là que commence
la résistance.

Le temps,
lui,
glisse.
Il file sans explication.
Il passe sur nos visages
Comme une main distraite.
Il efface nos traces
et nos certitudes,
mais il laisse derrière
des étincelles :
un mot écrit,
un regard donné,
un rêve qui refuse
de s’éteindre.
Mais parfois,
Il s’arrête.
Juste un instant.
Et dans cet instant
suspendu,
Tout devient clair :
Nous sommes faits
de passage,
Mais aussi de feu.

Alors j’écris.
Pour ne pas disparaître.
Pour laisser,
quelque part,
Une trace
de ce qui brûle encore —
Dans l’amour,
Dans la solitude,
Dans la révolte,
Dans la mémoire,
Dans la ville,
Dans la nature,
Dans le temps.
Et moi,
je continue d’écrire.
Pas pour comprendre,
mais pour toucher
un peu de vérité
avant que tout ne passe.

Parce que tout passe,
oui —
mais tout ne meurt pas.

Ce qui aime,
ce qui se souvient,
ce qui se révolte,
ce qui espère —
ça reste.
Même quand la voix tremble,
même quand la nuit s’allonge.

Ce qui tient debout dans le vent,
c’est nous.
Tout ce qui brûle reste.

Djamel Metref
At Yenni le 18 octobre 2025