Les mots d’un montagnard
Illustration accompagnant « Feuille blanche » dans sa publication Facebook.
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Feuille blanche

Écriture et poésie

Feuille blanche

Feuille muette,
immense silence,
abîme de papier
où mes pensées se heurtent.

Elle attend —
comme une peau intacte,
comme une mer sans rides,
comme une nuit sans étoiles.

J’y pose ma main,
mais l’encre hésite.
La peur d’y inscrire
un mot de trop,
un mot de vide.

Pourtant, déjà,
l’ombre d’un vers s’avance,
trace fragile
qui fend le néant.

La blancheur se déchire :
le poème naît.

Feuille blanche,
clarté sans rive,
j’y cherche un souffle,
j’y plante mes orages.

Chaque mot qui tremble
est une aile de feu,
un éclat d’infini
contre ton silence.

Feuille blanche,
je te crève,
je t’arrache ta pureté.

Mes mots cognent,
mes phrases saignent,
ta peau éclate d’encre.

Feuille.
Vide.
Main.
Tremble.
Trace.
Naît.

Feuille blanche,
reflet de mes silences,
je t’avoue mes failles.

Chaque mot griffonné
est un secret dénudé,
un bout de moi
que je n’ose dire ailleurs.

Feuille blanche,
plaine offerte aux rafales,
tes marges tremblent
sous le pas du vent.

J’y sème mes orages,
j’y grave des éclairs,
et ta surface docile
devient tempête.

Feuille blanche,
tu me nargues.
Je t’étrangle de mots,
je t’ouvre en cicatrices d’encre.

Que le vent hurle,
je t’impose ma fureur.
Tu n’es plus vierge :
tu cries avec moi.

Vent.
Vide.
Coup.
Trace.
Rupture.

Feuille blanche,
je t’offre mes tremblements.
Les vents contraires
me traversent,
et toi seule recueilles
mes fractures invisibles.

Chaque mot posé
est un souffle arraché
à la tempête.

Djamel Metref
At Yenni le 27 août 2025