Les mots d’un montagnard
Peinture d’une femme voilée de rouge, parée de bijoux, près d’une fenêtre.
Œuvre © Reche Safia
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Fatna, sous la lune de Ben Kerriou

Amour et désir · Mémoire et transmission · Écriture et poésie

Fatna, sous la lune de Ben Kerriou

À Laghouat, 
quand le soir descend
sur les pierres chaudes 
et les palmiers,
il reste parfois, 
dans le silence,
un prénom 
que le désert 
refuse d’oublier.

Fatna.

Un prénom 
porté par le vent,
une femme 
devenue légende,
une lumière aperçue 
derrière les voiles du temps,
et qu’aucune nuit 
n’a jamais réussi à éteindre.

Ben Kerriou 
l’avait peut-être aimée
comme on aime 
une source 
au milieu du désert :

avec la soif, 
avec la peur,
avec cette certitude étrange
que l’eau la plus précieuse
est souvent celle 
qu’on ne peut atteindre.

Les familles 
avaient dressé 
leurs murs,
les coutumes 
leurs frontières,
les hommes 
leurs interdits.
Alors le poète 
n’eut pour refuge
que la parole.

Et dans sa parole,
Fatna ne fut plus 
seulement Fatna.

Elle devint une lune.

Une lune immense 
au-dessus des ksour,
une clarté suspendue 
aux nuits sahariennes,
un visage 
que les nuages 
pouvaient cacher
mais jamais arracher 
à la mémoire.

Il lui parla dans ses veillées,
quand la ville dormait
et que les étoiles 
semblaient écouter.

Il confia son chagrin
à la poussière des chemins,
aux chevaux fatigués,
aux palmes immobiles,
aux montagnes silencieuses.

Puis vint l’exil.

El-Goléa 
accueillit ses pas,
mais pas son cœur.

Car on peut quitter une ville,
traverser les étendues,
changer d’horizon,
mais comment fuir
une femme 
devenue paysage ?

Chaque nuit,
la lune revenait.

Et dans sa lumière,
le poète retrouvait 
les yeux de Fatna.

Alors il comprit peut-être
que l’amour impossible
possède une étrange victoire :

on peut lui interdire 
les maisons,
les rencontres,
les chemins,

mais pas les poèmes.
Ainsi Fatna entra 
dans l’éternité.

Non pas par une porte,
mais par un vers.

Non pas comme une femme 
que le temps aurait pu vieillir,
mais comme une lumière 
que le temps embellit.

Aujourd’hui encore,
quand une voix chante Gamr Elleïl,
quelque chose bouge dans le désert.

La lune monte au-dessus de Laghouat.

Les vieux murs semblent se souvenir.

Le vent ralentit entre les palmes.

Et quelque part,
dans cette immense mémoire 
de sable,
un poète regarde 
encore le ciel
à la recherche 
d’un visage.

Fatna.

La femme 
qu’il ne put rejoindre,
mais que ses vers
ne quittèrent jamais.

Et peut-être est-ce cela,
la véritable victoire 
de l’amour :

être séparé 
de l’être aimé
par les hommes,
par les familles,
par le destin,

et pourtant,

se retrouver chaque nuit
dans la lumière d’une lune
que personne ne peut interdire.

Djamel Metref 
At Yenni le 21 Août 2026

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Fatna la muse du poète 
the image is Œuvre de © Reche Safia