Les mots d’un montagnard
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Délires insomniaques

Angoisse et solitude

Délires insomniaques

Je cherche le sommeil
comme on cherche une rive
dans un océan sans horizon.

Mais il s'éloigne,
animal blessé,
laissant derrière lui
une forêt de pensées
où chaque arbre porte
le fruit amer de l'insomnie.

Alors ma raison se défait
fil après fil.

Le plafond devient
un ciel
sans étoiles,
une mer noire
où dérivent des miroirs
liquides,
des poissons de verre,
des visages sans nom
qui murmurent
dans une langue
de fumée.

Mon reflet quitte le miroir,
mon visage prend un train
fait d'os
et de nuages,
et je demeure seul,
assis dans mon absence,
à écouter les couleurs
respirer
sous la peau des pierres.

La nuit ne tombe pas.

Elle me choisit.

Elle glisse entre les fissures
du silence,
s'assied au bord
de mon souffle
et dévore
les dernières braises
du jour.

Les horloges ont mangé
leurs aiguilles.
Le temps,
blessé,
rampe dans les couloirs
de ma mémoire,.

Tandis que les heures,
pareilles à des corbeaux
de cendre,
viennent se percher
sur mes épaules.

Les murs respirent.
Les ombres sèment
des graines de silence.

La fenêtre oublie le ciel,
et la lune,
masquée d'un oiseau aveugle,
coud des constellations
sur les ailes des corbeaux.

La nuit me parle
avec des voix
qui n'ont jamais eu
de bouche.

Elle grave sur mes paupières
des poèmes de cendre,
des rêves inachevés,
des vérités trop sombres
pour appartenir au jour.

Puis l'aube entrouvre
enfin sa fenêtre.
Une lumière pâle
caresse les ruines
de mes songes.

Elle n'efface rien.
Elle révèle seulement
que les ténèbres ont appris
à porter le visage
de la lumière.

Et je marche encore,
habité par ce papillon noir
qui bat des ailes
au fond de mon crâne,
comme une pensée
qui refuse de mourir,
comme un poème
que seule l'insomnie sait écrire.

Djamel Metref
At Yenni le 25 juillet 2026 : 5 h 15