Dans l’ombre douce d’un vieux papier,
Un cri s’élève, tendre et léger.
Un soupir d’encre, un vent d’idées,
Un chant muet, un mot figé.
Le cri de l’écrit fend le temps,
Il s’enracine en l’instant,
Témoin fragile d’une pensée,
Que nul ne saurait effacer.
Il naît sans bruit au creux de l’ombre,
Un trait d’encre, un murmure sombre.
Il cherche un nom, il cherche un pli,
Mais reste errant, spectre incompris.
Il n’a ni nom, ni sceau, ni maître,
Juste une voix que l’on combat.
On veut l’éteindre, l’effacer, l’abattre,
Mais il renaît à chaque pas.
Né d’une main que l’on condamne,
L’écrit s’élève et se pavane.
Une ombre froide aux doigts de cendre
Vient effacer, vient faire attendre.
Censuré, proscrit, brisé d’oubli,
L’écrit se dresse et se rebelle.
Interdit, banni, rejeté,
Il court les vents en liberté.
On le bâillonne, on l’exile, on le fuit,
Mais sous l’interdit, il chancelle.
Les mots s’étranglent sous la loi,
Le cri s’éteint, brisé de froid.
A coups de fer, à coups d’interdits,
On marque l’encre, on bâillonne l’écrit.
Mais sous la cendre et sous l’oubli,
Luit encore l’or de son cri.
Car un écrit n’a pas de chaînes,
Son cri traverse murs et fers.
Et même au seuil des lois trop vaines,
Il reste libre, il reste fier.
Que veut-il dire ? Lui-même l’ignore,
Il saute aux cieux, s’effondre encore.
Il se cogne aux marges, se roule en boule,
Puis bondit fou, puis se défoule.
Vaincu, j’observe en silence,
Mon écrit en proie à la démence.
Lui donner un sens ? Tenter de le suivre ?
Mais non, il vit, il veut être libre !
Alors je le laisse, sauvage et ardent,
Un feu d’encre dansant dans le vent.
Écrit en folie, écrit sans chaînes,
Un cri de l’âme que rien n’entraîne.
J’écris pour que l’oubli recule,
Pour que l’instant vive toujours,
J’écris quand l’âme se dissimule,
Quand s’effiloche un ancien jour.
J’entends monter sous mes doigts l’impatience,
Un souffle ardent, une errance immense.
L’encre frémit, la plume hurle,
Les mots s’élancent, fiers et purs.
Les mots se bousculent, ivres et fiévreux,
Ils courent, ils hurlent, bondissent à l'aveu.
Ils glissent aux vents, traversent l’âme,
Brûlants d’espoir, tremblants de flammes.
La plume danse, ivre d’élan,
Elle trace un monde vibrant.
Des rimes folles, des pleurs, des rires,
Des rêves que l’on ose écrire.
L’encre éclabousse en jets insensés,
La plume s’agite, ne sait plus penser.
Sur le papier, tempête et tumulte,
Rien ne freine, tout exulte.
Les mots s’échappent sous ma plume,
Brûlants d’élan, lourds de chagrin.
Sur le papier, un feu s’allume,
Fragile étoile dans le lointain.
Les verbes s’arrachent, brûlent et fusent,
Les pages soupirent, craquent, s’usent.
L’histoire naît, puis s’éventre,
Débordant hors du cadre étroit des lettres.
Les lettres s’emmêlent, se brisent, s’égarent,
Les rimes éclatent en mille hasards.
L’écrit délire, danse, titube,
Saccade et tremble en pluie de fugues.
Chaque lettre a son battement,
Un frisson d’âme, un sentiment.
Un secret que l’on devine,
Dans l’encre sombre chemine.
A chaque page, il se défait,
Reprend sa course et renaît.
Il éclate en cris, en rires, en pleurs,
En gerbes d’ombre et de couleur.
Les mots s’élèvent, brûlent et grondent,
Ils tracent un sillon profond.
Sur la mémoire où tout succombe,
Ils laissent l’écho d’un affront.
Laissez-moi écrire ce dont j’ai envie,
Même si vos âmes en restent meurtries.
Je n’ai ni muselière, ni chaînes aux doigts,
L’encre est mon cri, ma seule loi.
Ni sceau, ni titre, ni emblème,
Seule l’empreinte d’un poème.
Car l’écrit, libre et sans visage,
Ne vit que d’écho et de passage.
Museler n’est pas détruire,
Et tout silence sait s’ouvrir.
Plus on l’étouffe, plus il gronde,
Plus il se grave au cœur du monde.
Nul décret, nul fer, nul maître
Ne peut forcer un mot à se taire.
L’écrit proscrit, l’écrit vainqueur
Se grave au feu, se scelle au cœur.
J’écris debout, j’écris sans chaînes,
Ni murs de peur, ni lois de haine.
Les mots frappent et se déploient,
Brisent les seuils, défient les rois.
Ils crient leur soif, leur délivrance,
Brisant la nuit, fendant l’absence.
Chaque lettre, un éclat de feu,
Chaque phrase, un pas vers les cieux.
Que m’importe le regard sévère,
Les mots pesés, les phrases amères.
Si ma plume tranche et fait souffrir,
C’est que la vérité veut jaillir.
Nul vent mauvais, nulle censure
Ne peut éteindre une écriture.
Car l’encre sait, par mille voix,
Se faire flamme ou faire foi.
Ecrire, c’est vivre et saigner,
C’est arracher l’ombre au papier.
C’est un combat, un feu qui danse,
Un cri qui fend le silence.
Chaque vers porte une blessure,
Chaque mot saigne un peu d’âme.
J’écris pour que l’absence parle,
J’écris pour que le silence pleure.
Mieux vaut un mot qui brise en flammes
Qu’un doux mensonge qui flatte l’âme.
Mieux vaut le fer de l’écrit sincère
Que le velours d’un leurre éphémère.
Et si demain l’écho s’efface,
Si les pages tombent en l’espace,
Sache qu’un mot, même enfoui,
Vit toujours au creux de l’oubli.
Silence imposé, plume tranchée,
Jamais ne peuvent tout museler.
Car sous la pierre, sous l’oubli,
La liberté toujours jaillit.
L’écrit murmure, éclate et pleure,
Il fend le vide et lance un cri,
Et dans l’écho de sa douleur,
Il grave un souffle d’infini.
Taire l’ombre ne l’efface pas,
Et fuir un cri n’éteint pas sa voix.
Alors laissez-moi, laissez mes lignes,
Je ne veux ni plaire, ni être digne.
Qu’importe alors si tout se brise,
Si l’encre s’use au fil du temps,
Un vers demeure, une devise,
Gravée au vent, gravée au sang.
Je veux écrire sans artifice,
Loin des silences et des supplices.
Et si la vérité vous fait saigner,
C’est qu’il était temps de l’écouter.
Djamel Metref
At Yenni le 16 mars 2025
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