Les mots d’un montagnard
← Tous les poèmes

Ça ne rime à rien

Écriture et poésie

Ça ne rime à rien

Je t’écris quelques lignes,
Sans règle,
Sans destin,
Des mots qui s’imaginent
Que l’on ne leur dira rien.

J’avance dans la nuit
Avec un soleil dans la poche,
On m’a dit que c’était interdit
Mais personne ne surveillait les roches.

Un souffle,
Un pas de côté,
Un rire qui traîne au matin,
Un rêve mal accordé
Qui tombe…
Et puis revient.

Parfois je ris,
Parfois je tombe,
Parfois je cherche un lendemain —
Un truc léger,
Un truc qui comble,
Mais souvent…
ça ne rime à rien.

Et si tout ça,
Au fond,
Ne rimait vraiment à rien ?
Alors tant mieux —
c’est bon
De se perdre un peu en chemin.

J’empile des rêves tordus
Comme des cartes fatiguées,
Faut dire que mon cœur s’est perdu
Dans un tiroir mal étiqueté.

Parce qu’on vit mille histoires
Qui n’épousent aucun refrain,
Et c’est souvent dans le bizarre
Que le cœur se sent très bien.

Et pourtant je continue,
Mi-sérieux,
Mi-fantassin,
Car même quand tout paraît foutu,
Le monde cligne de l’œil,
Malicieux,
Comme pour dire :
« Hey,
Reviens —
Ça ne rime peut-être à rien…
Mais rien,
C’est déjà bien. »

Alors je rajoute des pages
Sans mesure,
Sans frein,
Comme si le vent lui-même
Me dictait chaque virage.

Je trébuche dans des idées
Qui ne savent plus où aller,
Elles courent,
Se bousculent,
Se cognent aux murs du matin
Et repartent en riant
Comme si de rien n’était.

Je parle à des ombres
Qui me répondent à moitié,
Elles ont oublié leur voix
Quelque part entre deux nuits
Et pourtant elles me tiennent compagnie
Avec une patience de vieux fantôme.

J’invite la pluie à danser
Sur mes épaules fatiguées,
Elle s’invite toujours trop vite
Et s’en va toujours trop tôt,
Mais tant pis,
Ça fait du bien de l’entendre rire.

Je lance des cailloux dans le vide
Pour voir s’ils apprennent à voler,
Ils tombent,
Évidemment,
Mais chaque chute dessine une idée
Et certaines idées savent grimper.

Alors je continue
Avec mes phrases tordues
Et mes silences de travers,
Je trace des chemins sans but
En espérant trouver un air frais,
Un murmure,
Une trouvaille,
N’importe quoi qui brille.

J’empile des questions folles
Comme des bouteilles encore pleines,
J’attends que l’une d’elles explose
Et me montre la route à prendre,
Ou au moins un coin de lumière
Qui clignote assez fort pour dire :
Essaye encore.

Le monde continue de clignoter
Avec son sourire mal cousu,
Il me fait signe
Comme un vieux complice
Qui aurait oublié son nom.

Alors je reviens,
Un peu perdu,
Un peu cabossé,
Mais vivant,
Et je me dis que tout ça,
Ces pas de travers,
Ces rêves mal rangés,
Ces éclats qui volent sans prévenir,
Ça ne rime peut-être à rien…
Mais rien,
Quand on le regarde de près,
C’est déjà un début.

Je crois que mes pensées
Ont pris la fuite cette nuit,
Elles ont sauté par la fenêtre
En laissant derrière elles
Un bruit de verre
Et un parfum de départ.
Je les ai suivies,
Pieds nus,
Sans réfléchir,
En espérant les rattraper
Dans un coin de rue bancal
Où même le silence a du mal à tenir droit.

J’ai croisé un chat
Qui parlait en comptines,
Il m’a dit que le monde
Tenait debout par miracle,
Et que les miracles eux-mêmes
Avaient besoin de repos.

Plus loin,
Un lampadaire
A clignoté pour m’encourager,
On aurait dit qu’il essayait
D’imiter un battement de cœur,
Ou peut-être qu’il se moquait,
Je ne sais pas,
Mais ça m’a fait sourire quand même.

Je marche au hasard
Avec un goût de poussière
Et d’aventure mal rangée,
Je ramasse des bouts de phrases
Comme des coquillages
Qu’on garde dans une poche oubliée.
Tout se mélange,
Tout se bouscule,
Comme une foule de souvenirs
Qui refuse de faire la queue.
Ça parle,
Ça chuchote,
Ça s’insulte presque,
Et pourtant ça avance,
Dans un joyeux désordre.

Parfois je me dis
Que je devrais ranger tout ça,
Mettre de l’ordre dans mes brumes,
Classer mes espoirs par taille,
Compter mes folies par couleur,
Mais rien que d’y penser
Je m’épuise déjà.
Alors
Je laisse vivre,
Je laisse courir,
Je laisse tomber ce qui pèse trop lourd
Et remonter ce qui sait flotter.

Et si ça ne rime toujours à rien,
Tant mieux.
C’est dans ce rien-là
Que je respire le mieux,
Dans ce fouillis tendre
Qui me ressemble un peu trop.

Je continue d’avancer
Avec mes images en vrac
Et mes rêves qui chahutent,
Et peut-être qu’un jour
Je comprendrai pourquoi
Ce chaos me tient la main.
Ou peut-être pas.
Et ce peut-être,
Ça me suffit bien.

Je me suis réveillé
En plein milieu d’une pensée
Qui ne m’appartenait pas.
Elle parlait trop fort,
Tournait autour de ma tête
Comme un oiseau vexé,
Et refusait de s’en aller.
Alors je l’ai suivie,
Encore à moitié endormi,
Dans un couloir d’idées
Qui grinçaient sous mes pas.
Chaque porte ouvrait sur un souvenir
Et chaque souvenir
Faisait semblant de ne pas me reconnaître.
Le premier m’a lancé un regard froid,
Le deuxième m’a ignoré,
Le troisième m’a embrassé
Comme si j’étais revenu de loin.
J’ai refermé la porte en tremblant,
Et j’ai ri,
Malgré moi,
Parce que rien n’avait de sens
Et que ça me rassurait un peu.

Je me suis retrouvé à discuter
Avec le plafond,
Qui prétendait connaître mes secrets.
Je l’ai laissé parler,
Il avait une voix un peu trop grave
Pour être honnête,
Mais j’aimais bien l’écouter
Raconter n’importe quoi.

Dehors, la nuit tenait encore
Par un fil,
Un fil si fin
Qu’un soupir aurait suffi
Pour tout casser.
Je l’ai effleuré du bout des doigts
Juste pour voir
Si le monde allait tomber.
Rien n’a bougé.
Ou peut-être que si,
Mais à un endroit que je ne voyais pas.
Ça m’a donné un drôle de courage,
Le genre de courage flou
Qui ne sert qu’à avancer d’un pas
Sans poser de questions.

Je ramassais des pensées
Comme d’autres ramassent des pierres plates,
Pour les lancer dans un lac invisible
Et écouter les ricochets
Tenter d’inventer un rythme.

Un enfant m’a croisé
Avec une lanterne pleine de pluie.
Il m’a dit qu’il collectionnait les éclats
Qui tombent des rêves trop lourds.
Je lui ai demandé s’il en avait un pour moi.
Il a fouillé un moment
Puis m’a tendu une lumière bancale
Qui battait comme un petit cœur.
Je l’ai glissée dans ma poche
Sans savoir quoi en faire,
Puis j’ai continué d’avancer
Dans ce capharnaüm tranquille
Où chaque pas hésite,
Mais avance quand même.

Et au bout du chemin,
Ou au début,
Je me suis dit encore une fois
Que tout ça ne rime pas,
Que ça ne rime jamais,
Que ça refuse de se tenir droit,
Et que c’est peut-être pour ça
Que ça respire aussi bien.

Djamel Metref
At Yenni le 15 novembre 2025