Les mots d’un montagnard
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Cœur en exil

Amour et désir

Cœur en exil

Est-ce vraiment vivre,
le cœur en abstinence,
Quand les jours se défilent
sans feu,
sans ivresse ?
Ou vaut-il mieux brûler
dans l’excès des sens,
Et mourir d’un regard,
d’un mot,
d’une caresse ?

Vaut-il mieux cheminer,
cœur froid sous les étoiles,
Ou brûler en silence,
âme nue,
sans répit ?
L’amour est un abîme
où la raison s’égare,
Mais sans lui,
la vie perd jusqu’à son bruit.

Vivre sans amour,
c’est marcher dans la brume,
Les mains tendues
vers un rêve éteint.
Le cœur se tait,
la chair se résume
À l’attente longue
d’un lendemain.

Marcher sans amour,
c’est traverser le monde
Comme un navire
sans port,
ni vent,
ni voie.
Les jours s’allongent,
la nuit s’inonde,
Et la peau se souvient
de ce qu’elle ne voit.

On compte les heures,
on regarde la pluie,
Le monde est là,
mais rien ne respire.
On apprend la paix,
mais une paix sans vie —
Un silence où l’âme oublie
de sourire.

On parle,
on rit,
on joue la vie qu’on mime,
Mais au fond du regard,
une ombre persiste.
Le corps respire,
mais le cœur s’abîme,
Prisonnier d’un vide
clair et triste.

Vivre sans amour,
c’est survivre en poussière,
C’est fuir la lumière
de peur de se blesser.
L’âme sans amour
est un ciel sans couleur,
Un fleuve figé
sous la glace du temps.

Mais aimer sans vivre,
c’est offrir son cœur
À l’ombre,
au néant,
à l’oubli des instants.
Aimer sans vivre,
c’est boire à la rivière
En sachant que l’eau
ne viendra qu’à l’idée.

Aimer sans vivre,
c’est l’autre prison,
Plus douce peut-être,
mais plus cruelle encore.
Le souffle s’épuise
à chaque illusion,
Et l’amour dévore
plus qu’il ne dévore.

Aimer sans vivre,
c’est brûler sans flamme,
Offrir son souffle
à des cendres de rêve.
Chaque mot devient
blessure à l’âme,
Chaque silence,
une corde qui s’enlève.

On veut tant donner
qu’on se dissout soi-même,
On devient ombre
de son propre feu.
L’amour se fait dieu,
la raison se blâme,
Et l’on ne sait plus
où finit le « tu »
Et où commence le « je ».

L’amour absolu dévore
la chair même,
Il rend le ciel beau,
mais lourd à tenir.
On se perd,
on s’efface —
on s’aime,
Et l’on oublie qu’aimer,
c’est aussi partir.

Ô doux paradoxe,
ô torture infinie,
Le cœur cherche l’étreinte,
le corps fuit l’agonie.
Faut-il mourir d’aimer
pour goûter l’infini ?
Ou vivre sans amour,
mais perdre son génie ?

Vivre sans amour,
c’est mourir en veille,
Aimer sans vivre,
c’est mourir debout.
Entre l’étincelle
et la grisaille vieille,
Il faut choisir —
mais le choix est flou.

La vie sans amour
s’étire en poussière,
L’amour sans vie
s’étend en délires.
Entre le calme gris
et la lumière,
Le cœur hésite —
il vacille,
il soupire.

Car l’un est prison,
l’autre est martyre,
Deux chemins
d’un même destin.
L’un fait taire,
l’autre fait crier,
Mais tous deux mènent
au même chagrin.

Dois-je choisir la paix
qui m’épuise,
Ou l’incendie
qui me rend vivant ?
Entre l’absence
et l’emprise,
Je tends les bras
au néant.

Pourtant au détour
d’un souffle,
d’un geste,
Une lumière douce
trace un chemin.
Quelque part,
au milieu du doute,
Une flamme fragile
se met à luire :

Peut-être que vivre,
c’est ce qui reste,
Quand aimer nous défait
les mains.
Peut-être qu’aimer
n’est pas une déroute,
Mais la raison même
de vouloir mourir.

Car vivre,
c’est attendre un cœur
qui bat,
Et mourir d’aimer,
c’est vivre au-delà.
Alors,
je choisis la blessure
et la flamme,
Le vertige des jours,
les naufrages de l’âme.

J’irai,
cœur nu dans la brume,
Ni tout à fait sage,
ni tout à fait fou.
Car l’amour,
même s’il me consume,
Fait de ma fin un rendez-vous.

Car nul ne vit vraiment,
s’il n’aime pas.
Entre mourir d’aimer
et survivre sans flamme,
Je choisis l’incendie,
la blessure,
la trame —
Car vivre sans amour,
c’est respirer sans âme.

Peut-être qu’aimer,
c’est apprendre à se perdre,
Et vivre,
accepter de se retrouver.
Dans chaque étreinte,
un peu de cendre,
Dans chaque départ,
un peu d’éternité.

On ne choisit pas
entre vivre ou aimer,
L’un appelle l’autre,
secret,
insoumis.
L’amour est la vie
déguisée en danger,
Et la vie, l’amour
qui tremble sous la pluie.

Alors je ne fuirai
ni l’un ni l’autre,
Car vivre sans aimer,
c’est déjà mourir,
Et aimer sans vivre —
c’est mourir pour l’autre,
Mais quelle plus belle
façon de s’offrir ?

Car l’un comme l’autre
est une même danse —
L’une en flamme,
l’autre en absence.

Djamel Metref
Noida 8-1-2026