Les mots d’un montagnard
Nuages roses au-dessus des montagnes et des toits au coucher du soleil.
Photographie © Djamel Metref
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Au bord de l’indicible

Écriture et poésie

Au bord de l’indicible

Les mots arrivent toujours 
après le monde.
Ils ramassent des éclats 
sans refaire la lumière.

Je cherche une phrase 
qui n'efface rien.
Mais chaque syllabe 
choisit déjà son absence.

Le réel déborde 
des pages ouvertes.
Il glisse entre les lignes 
comme une eau vive.

Le poème tend les mains 
vers l'invisible.
Il ne saisit 
qu'une poignée de souffle.

Nommer une chose, 
est-ce vraiment la connaître ?
Ou seulement lui offrir 
un miroir imparfait ?

Les dictionnaires empilent 
des définitions.
Le silence, 
lui, 
garde encore ses secrets.

Parfois un seul mot console 
davantage qu'un discours.
Parfois mille phrases échouent 
devant une larme.

La langue construit 
des ponts fragiles.
Elle invente aussi des murs 
sans le vouloir.

Chaque voix porte 
son accent de vérité.
Chaque silence possède 
sa propre grammaire.

Le poète avance 
parmi les hésitations.
Il écoute les blancs 
autant que les vers.

Il sait que l'inexprimable veille 
derrière chaque image.
Le monde résiste 
aux métaphores.

Pourtant elles éclairent 
des chemins inconnus.
Les mots tombent, 
se relèvent, 
recommencent.

Ils apprennent l'humilité 
face au réel.
Écrire n'est pas 
posséder le monde.

C'est accepter 
de l'approcher 
sans le capturer.
Chaque poème demeure 
une question ouverte.

Une tentative 
contre l'oubli.
Une respiration 
dans le vacarme 
des certitudes.

Le langage vacille, 
mais il avance.
Il trébuche sur l'indicible 
sans renoncer.

Car même imparfaits, 
les mots cherchent la rencontre.
Ils ouvrent des fenêtres 
là où les murs se dressent.

Et leur doute devient parfois 
la plus juste des vérités.

Djamel Metref 
At Yenni le 6 Août 2026